jeudi 27 novembre 2014

Orient, l'occident en quête d'horreur

A l'Ouest, rien de nouveau ?

Maxime Hauchard, de Bosc-Roger-en Roumois, est devenu le dernier bourreau français. Voilà qui en a laissé plus d'un sans voix, dont moi-même. Comment expliquer une telle monstruosité et comment admettre, parfois, les pires horreurs que j'ai parfois entendu à droite à gauche. Pour faire bref, j'ai entendu dire "avec ce qui se passe en Syrie, faut comprendre ..." . J'avais beau me tourner la tête dans tous les sens, je ne comprenais pas pourquoi il n'y avait eu personne pour défendre les démocrates qui ont enclenché la révolte en Syrie contre Bachar el Assad et qu'on se retrouvait 3 ans plus tard à justifier le comportement de gosses devenus des monstres en s'engageant aux cotés des intégristes.
Quelques temps avant, je venais de lire un ouvrage étonnant :  l'histoire des 3 Adolf, un manga politique de l'auteur japonais Osamu Tezuka. 

Un concours de circonstances
fait qu'Adolf, élevé au Japon,
ayant suivi une formation dans
les jeunesses hitlériennes, est
appelé lors du premier crime
qu'il doit perpétuer sur quelqu'un
qu'il connait très bien.
Cet ouvrage a ceci d'intéressant qu'il montre l'Europe de la deuxième guerre mondiale vue du Japon. En peu de temps et en quelques images, des personnages a priori sympathiques deviennent  des monstres définitifs, modelés par les circonstances. Le phénomène est bien entendu renforcé lorsque les personnages sont des jeunes gens, des fragiles en quête de certitudes. Pas étonnant que j'ai pensé à cette bande dessinée lorsque, comme tout le monde, fracassé par l'horreur de la révélation de l'identité du bourreau islamiste, j'ai voulu me raccrocher à quelque chose. À quelque chose qui pourrait m'aider à m'expliquer. 


C'est le boulanger de son village,
père de son meilleur copain,
dont il a juré qu'il le défendrait
toujours.
Or donc, c'est l'Europe vue par un Japonais et c'est particulièrement insoutenable pour nous parce que les personnages qui commettent l'horreur, l'irréparable, nous sont sympathiques. Exactement comme un jeune homme d'une petite commune de l'Eure, éduqué dans un milieu ouvert, catholique non-pratiquant, actif dans la commune, un jeune homme comme tout le monde nous est a priori sympathique. 


Juste après, juste après avoir
commis son premier crime, le
jeune héros assassine une jeune
et jolie femme sans défense.
Alors, comment quelqu'un qu'on aurait aimé avoir comme copain d'école a-t-il pu devenir un monstre, quelqu'un capable d'égorger de sang-froid, de le revendiquer et de se montrer au monde entier ?
Le rite d'initiation permet
juste l'accès à l'inhumain. On
a bien changé le statut d'un
jeune adolescent, mais c'était
juste pour transformer un
jeune homme bien élevé
en brute monstrueuse.
Olivier Roy a donné une explication ce matin sur France inter. Sa réponse comporte une bonne part de cynisme, notamment lorsqu'il dit qu'il vaut mieux laisser partir les jeunes gens commettre leur crime à l'extérieur. Il cite l'exemple du Canada où l'interdiction de partir s'est traduite par la commission d'attentats à Montréal. Il n'y a, selon lui, rien de neuf sous le soleil. Les jeunes qui se sont embrigadés derrière les maoïstes, les guevaristes, les trotskystes n'étaient que le reflet du besoin d'action et d'engagement de la jeunesse. Ils ont suivi en cela l'exemple de ceux qui, des croisades aux brigades internationales en passant par les engagements romantiques nationalistes au dix-neuvième siècle, de ceux qui sont partis effectivement, j'en ai connu qui en Israël, ou aux côté de peuples en quête de reconnaissance et de liberté se sont jetés en pâture au grand Léviathan géopolitique de l'Histoire. Ca s'est passé au Moyen Orient, en Afghanistan et ça allait de par le vaste monde. Qu'on se rassure dit Olivier Roy, les bandes du Daech n'ont même pas l'ambition qu'avait Al Qaida de dominer le monde et le débarrasser à tout jamais des chrétiens ou des infidèles ...
Alors, à l'Ouest, rien de nouveau ? C'est que la jeunesse, en temps de paix, reste toujours  fascinée par la guerre . Les ados sont souvent les premiers engagés lors des conflits dont le monde est couvert ... et bien sur, tous ceux qui ont intérêt à la guette sont prêts à en tirer le plus grand profit.
Nos enfants sont trop intelligents pour l'ignorer. Bien sur, ils n'entendent que ce qu'ils ont envie d'entendre. Les arguments de la raison glissent sur les impératifs du désir et du besoin de se construire d'une jeunesse en quête d'elle-même.









  










mercredi 22 octobre 2014

Pourquoi Manuel Valls a répondu à Jean-Michel Baylet

On n'aura jamais autant parlé du prg, et c'est tant mieux !


Manuel Valls reprend la main. A la suite d'une période
tourmentée, laissant apparaître de lourdes fractures au sein du
PS, le premier ministre a saisi la perche tendue par le prg pour
donner le sens réel du combat que doit mener une gauche
moderne.
Je dois concéder avoir été très sceptique sur la démarche menée par Jean-Michel Baylet à la suite de sa défaite électorale.  Je n'étais pas le seul, mais je veux être parmi les premiers à reconnaître que je m'étais trompé. Plus le temps passe et plus les événements lui donnent raison.  
Au départ, j'étais plus que réticent à l'idée que les radicaux puissent quitter le gouvernement. C'était pourtant carrément ce qu'a proposé Jean-Michel Baylet devant un bureau national frileux le 8 octobre. On imagine la tête des ministres face à une telle perspective ... mais il n'y avait pas que les ministres à faire la tête. Pour beaucoup, dont moi, la perspective de quitter le gouvernement était une porte ouverte à la décomposition du pouvoir et au fait que si la gauche ne tient pas le mandat, elle ne retrouvera pas le pouvoir avant 30 ans ... Un pouvoir qui se partagera entre la droite et l'extrême droite, terrible  perspective, vous en conviendrez.


Jean-Michel Baylet a marqué des points lors du forum.
Sans doute Est-ce là la marque des grands hommes
politiques que de savoir se redresser quand rien ne va plus.
Or donc, quand le président Baylet, qui venait de voir Hollande et Valls a dit qu'il allait demander une réunion d'urgence et exiger une réponse dans les 10 jours (c'est à dire que cette réponse devait arriver avant la réunion du Comité directeur du prg qui s'est tenu vendredi dernier) je me suis dit qu'on courrait à la catastrophe. Je me souviens du visage incrédule d'Annick Girardin, ministre de la francophonie qui n'en croyait pas ses oreilles ...

Je rajoute cette photo, parce que je l'aime bien. Christiane
Taubira, invitée au forum par le prg. Elle a dit à Jean-Michel
Baylet qu'elle se sentait toujours de la famille, même si elle
n'a pas sa carte. Il est vrai que sans les radicaux, ni sans la
période électorale de 2002, elle ne serait pas où elle en est,
c'est à dire la plus grande garde des sceaux depuis Badinter.
Or, que c'est-il passé ? Non seulement Valls a reçu Jean-Michel Baylet une nouvelle fois, non seulement il a répondu à la lettre comminatoire du président du prg de sept pages, mais en plus il lui a donné raison sur à peu près tout et en particulier sur le fait que les accords n'avaient pas été respectés ! Je répète ... parce que je n'ai pas souvent entendu ça en 40 ans de vie politique : Manuel Valls, premier ministre, a convenu que les accords n'avaient pas été respectés. Dingue !
 
 


 
Mais en fait, j'ai seulement commencé à comprendre lorsque Valls, dans son discours de dimanche a profité de son passage au forum pour répondre à l'interview que Martine Aubry avait donné au Journal du Dimanche le matin même. Définitivement, et quoi qu'il lui en coûte le premier ministre fait le choix d'une gauche moderne, qui prend le pari de la gestion et qui laisse de côté les imprécations d'une gauche mollettiste, c'est à dire de celle qui promet et qui, une fois au pouvoir les oublie pour mener la pire des politiques (rappelons pour nos jeunes lecteurs que Guy Mollet, tenant en théorie d'un marxisme appliqué au parti socialiste a envoyé les troupes en Algérie, fourvoyant au passage la gauche et la mettant durablement dans l'opposition).
On retrouve donc toutes les pièces du puzzle. Quand Manuel Valls précise que les accords ne sont pas respectés, c'est par ce que, lui non plus n'a pas la main sur le PS. Martine Aubry, sort du bois au moment où, précisément, elle rappelle son poids à l'intérieur de l'organisation, à coté des frondeurs et qu'ont rejoint Philipetti et Hamon. Mais en même temps, plus elle fait ça, et plus elle montre que le PS ne sert à rien et qu'il convient de recomposer la gauche. Dans ce projet, les radicaux doivent jouer tout leur rôle. C'est notamment ce que dit Manuel Valls dans son interview au nouvel observateur : il faut en finir avec la gauche passéiste !
Ainsi donc, les radicaux ont plus que joué pleinement leur rôle : la recomposition du paysage politique français passe par eux. J'ai vécu un petit événement historique, mais sur le coup, je ne m'en étais même pas rendu compte !
Un petit clin d'œil avant de partir pour l'ami Filoche. Filoche, je le connais depuis tout petit, enfin, depuis que moi je suis tout petit, parce qu'il a toujours été plus grand que moi. Il faisait figure de héros, parce qu'il avait eu des faits d'armes s'étant fait casser la figure par des fachos qui étaient descendus casser la gueule aux gauchistes qui refusaient la guerre du Vietnam. Ce fut d'ailleurs, là aussi un événement fondateur de la vie politique française puisque nous avons retrouvé dans ce combat violent d'un côté l'ami Filoche devenu membre des instances nationales du parti socialiste après être passé par la ligue communiste révolutionnaire et de l'autre 
Filoche, un grand souvenir d'enfance, mais finalement,
j'aurais vieilli avant lui. C'est la vie !
Madelin et Devedjian qui ont rejoint la droite traditionnelle après être passé par occident et autres mouvements d'extrême droite. Passons, enfin, justement, Filoche a visiblement du mal à passer ... il a fallu qu'à l'occasion du décès de Christophe Margerie, il éprouve le besoin d'insulter le grand patron à la suite de l'accident. Personnellement, c'est pas l'indécence du propos qui m'insupporte ...

 

Effectivement, on ne parle pas comme ça d'un mort, ça ne se fait pas, sauf en cas de guerre. Mais ce qu'il y a de particulièrement idiot, c'est de traiter Margerie de suceur de sang. Ce sont là des images à l'ancienne qui n'ont rien à voir avec l'évolution du capital aujourd'hui, de sa réalité ... C'est idiot et anti-pédagogique ... tout ça pourquoi au fond, Gérard ? Pourquoi ? Pour essayer de rester jeune ? Pour faire oublier qu'on est devenu réformiste ...  Faire tout pour se faire virer du PS avant de hurler qu'on veut y rester. Bref, autant de chose qui permettent de passer pour un imbécile.
 

 


 

vendredi 3 octobre 2014

territoire et décentralisation

Contribution à la réforme des territoires



La photo ne date pas d'hier, mais  le débat a été si prenant que je n'ai pas pensé
à en prendre. Encore merci à Patrice Yung d'avoir animé et éclairé le débat.
Le café radical consacré le jeudi 2 octobre au thème de la réforme territoriale en cours, et sa mise en perspective avec la décentralisation a été passionnant et riche.



La constitution des territoires est toute récente dans notre histoire démocratique, quand bien même elle recèle un certain nombre d'archaïsme. C'est cependant là qu'il faut chercher la voie de sa modernité. Certes, les communes ont été construites sur la base des paroisses moyenâgeuses, elles même héritières de la construction de la chrétienté, elle même chaussant les souliers de la centralisation du pouvoir romain  ... mais là n'est pas l'important.
Après tout, les pouvoirs locaux ont souvent su, au cours de l'histoire, se faire entendre du pouvoir central.
Rappelons qu'au départ, les départements ne sont pas une conception démocratique, mais sont l'outil du pouvoir révolutionnaire pour s'imposer sur le territoire national.
Les Régions actuelles sont plus récentes encore. Elles non plus n'ont pas été faites dans un projet démocratique, elles reprennent grosso modo leur délimitation fixée par le régime de Vichy et leur rôle n'est pas clairement identifié.
En fait, c'est la grande réforme de 1982 qui va réellement permettre aux collectivités locales leur fonctionnement actuel entre communes, département et Région. Un peu plus tard, la gauche encore fera une réforme majeure en développant l'intercommunalité à qui elle donnera bien plus qu'une simple mission de coopération : une mission de territoire.
C'est tout cet équilibre auquel s'attaque aujourd'hui le gouvernement et c'est tout l'objet du débat qui a passionné les participants du café radical, auquel participait d'anciens maires, d'anciens élus, des élus et de simples citoyens.
Le moment semble très mal choisi pour faire une réforme d'envergure. Cela fait penser à la réforme de la taxe professionnelle faite par Nicolas Sarkozy et qui lui a d'ailleurs permis pour la première fois de faire passer le Sénat à gauche. On n'entame pas à mi-mandat un tel projet sur un tel sujet, dur à comprendre pour le citoyen moyen, lorsqu'on dirige un gouvernement impopulaire dont on sait que chaque mesure sera soumise à caution.
L'argument majeur que l'on a entendu jusqu'à présent autour du projet est que le fonctionnement des collectivités locales coûte trop cher. Si ce point de vue soi peut s'entendre ... il est toutefois politiquement nul. Le problème est beaucoup plus de savoir ce dont nous avons besoin comme système démocratique, quitte à le rendre plus performant par la suite, que de déclarer tout de suite qu'il est trop cher. On ne peut pas dire à la fois que les élus sont trop éloignés de la population et en diminuer le nombre a priori.
À cet égard, méfions-nous des éléments statistiques visant à démontrer que les collectivités locales sont par essence dépensières, ont multiplié leur recrutement sans se soucier des deniers publics. Rappelons que l'État s'est délesté de ses dépenses tout en confiant aux collectivités locales de nouvelles compétences et que cela s'est naturellement traduit par des recrutements et des dépenses supplémentaires. Pourquoi l'État  a fait comme ça ? Par ce qu'il savait qu'il était mauvais gestionnaire, certes, mais il était évident de même que les collectivités locales allait aussi répondre à la pression de leurs électeurs en construisant des équipements de qualité. 
C'est grâce à la décentralisation que la France possède des équipements de qualité, un réseau routier amélioré, de beaux lycées, de belles piscines et va développer l'accessibilité de ses services aux handicapés par exemple. Tout cela a un coût, et a en grande partie été réalisé grâce au pouvoir décentralisé des collectivités locales. 
On peut s'offusquer, face à cela du nombre de fonctionnaires, de la qualité du service rendu. Mais n'oublions pas que la fonction publique territoriale, est la plus récente des fonctions publiques, qu'elle est aussi la plus moderne et la plus souple, quand bien même, bien entendu, l'amélioration de son fonctionnement est toujours nécessaire. Mais nous avons là une ressource humaine très réactive, apte à répondre au besoin social ainsi qu'à la pression des élus locaux et qu'on ne retrouve pas dans les services de l'État.
Maintenant, si l'on doit répondre aux besoins impératifs de restriction de la dépense publique, faisons-le ! Mais sans jamais s'embarrasser de préjugés, ni oublier les raisons qui ont amené à la responsabilité des collectivités locales dans la part prise dans ces dépenses. Que l'État centralisé ne s'exonère pas non plus de ses responsabilités.
Venons-en maintenant aux diverses structures décentralisées.

Les communes

Il y a 36.000 communes en France. C'est trop ? Sans doute. Le problème n'est pas d'ailleurs leur nombre que de savoir à quoi elles servent. Alain Tourret, très justement, donne en exemple négatif, le fait qu'il ait eu à inauguré près d'une dizaine de mairies nouvelles dans sa circonscription deux ans après avoir été élu député. Effectivement, c'est la marque de collectivité sans autre projet que de se maintenir elle-même. Le maire n'a souvent plus de pouvoir et c'est tant mieux. En même temps, il convient de prendre en compte deux aspects
  • Le premier, la participation à la décision collective et la citoyenneté. 36.000 communes, cela fait plus de 360.000 élus.
  • Le deuxième, c'est le dévouement des élus et des maires en particulier, sans cesse sollicité pour toutes sortes de problèmes.
On peut aussi noter pour les communes de plus de 1.000 habitants que la nouvelle loi, imposant des listes paritaires a multiplié le nombre de candidatures et un vrai intérêt pour la vie locale.
On ne peut nier cependant l'aspect pervers d'un découpage communal ancestral qui n'est plus lié à un bassin de vie. Le terrain organisé autour de réalités agricoles, est devenue une terre d'abri pour des urbains lassés ou rejetés de la ville, exigeant de plus en plus de services publics auxquels ils ont été habitués. On ne peut nier, de même la concurrence parfois mortifère entre communes, dont il serait nécessaire qu'une décision étatique impose la fusion, tant elles représentent un même bassin de vie.

Les intercommunalités

Au départ, elles avaient pour but de répondre aux besoins évoqués plus haut, tout en respectant les pouvoirs locaux. Ont elles répondu au projet ? Oui. A présent, tout le territoire national est couvert d'intercommunalités. Il n'y a plus de dent creuse. L'intercommunalité, certes coûteuse, s'est traduite souvent par une dynamisation du territoire et l'arrêt de la concurrence entre communes pour faire venir telle ou telle entreprise. Y a t il eu gaspillages ? Oui, bien sur. Chacun peut le constater en prenant ce qu'on appelait avant nos départementales et qui jalonnent notre belle France. L'intercommunalité a fait pousser les ronds points comme les champignons. Les ronds points sont les projets des intercommunalités sans projet. Elles sont cependant des territoires à redessiner et elles restent un outil d'avenir, car même lorsque le nombre de communes aura diminué, les mutualisations, les apports de compétences, la logique de fonctionnement en réseau qu'elles ont contribué à mettre en place restera indispensable...
Reste à envisager les toutes nouvelles intercommunalités qui ont pour nom métropoles et qui sont des éléments indispensables dans le cadre d'un rayonnement européen. Lesdites métropoles sont d'ailleurs le point de transition indispensable pour parler des départements.

Les départements

Cela ressemble à une farce. Jean Michel Baylet a fait état lors d'un comité directeur de pré-débat parlementaires en disant que l'Etat voulait supprimer les conseils généraux mais pas les départements ! En fait cela voulait dire supprimer des instances élues qui ont effectuée un travail extraordinaire, notamment parce que ces instances une fois passées de droite à gauche (rappelons nous l'époque pas si lointaine où la gauche avait une vingtaine de départements, et qu'elle y est à présent majoritaire) ont su se moderniser et répondre aux attentes de l'État.
Mais cela veut dire aussi supprimer la notion de contre-pouvoir instituée par la décentralisation ! Alors que le préfet co-présidait le conseil général, la loi de 1982 a fait des collectivités autonomes, ce qui fait que face au représentant du gouvernement, il y avait un représentant de la population. Cette démarche nouvelle, moderne, nous accompagne depuis plus de trente ans.
S'il ne faut plus de département, il n'en faut plus non plus au niveau de l'État  ! La numérisation du territoire doit là aussi permettre des économies et une nouvelle logique de fonctionnement, privilégiant des rapports humains de qualité changeant l'image du fonctionnaire à lustrine protégé par un guichet.
Reste à démontrer, après tout ce qu'on a demandé et obtenu des collectivités locales, que les départements sont inutiles. Sans doute la revendication radicale de maintien des départements ruraux a tout son intérêt. La numérisation des territoires ne doit avoir pour but que d'améliorer les rapports humains, développer les implantations de petites et moyennes entreprises, elle ne doit pas viser à se substituer à l'humain sous peine d'échec retentissant.

Les Régions  

On a parlé des régions de la pire des façons. On en a parlé en premier alors qu'il aurait fallu en parler en dernier. Je ne vois qu'une réussite pour l'instant : la réunification de la Normandie, vieille revendication radicale. Justement, revenons sur ce point :
ce qui avait amené à la division de la Normandie était la crainte de voir s'imposer une vraie région, sur la base des provinces ancestrales, de celles qu'avait dû combattre le pouvoir centralisé.
Pourquoi, alors que cette crainte n'est plus justifiée et qu'il faut aller vers un vrai pouvoir des régions, ne pas donner la réalité à la Bretagne et créer de régions à l'identité solide. Mais la question fondamentale n'est pas celle du découpage, que l'on contestera toujours. elle n'est pas la question de l'identité. Elle est la question du pouvoir des régions et de ce que nous devons obtenir dans le cadre d'une vision fédérale. Certes, il est logique que l'enseignement soit une compétence régionale du collège à l'université, mais ne pouvons pas envisager une remise en cause de l'Education Nationale et de faire en sorte que le mammouth sache s'organiser régionalement, d'une manière souple et moderne. Tant qu'à redessiner les régions en provoquant des hurlements, autant se poser clairement la question d'un État fédéral. Tel est à mon avis, la mission politique des radicaux.







 

mardi 30 septembre 2014

La réforme territorale enterre-t-elle la démocratie de proximité ?

Tel est le thème du prochain café radical, qui se tiendra JEUDI 2 OCTOBRE A 18 H 30, quelques jours après l'élection sénatoriale
Une première version du redécoupage des régions. Elle a été, depuis revisitée
et le redécoupage lui-même sera de nouveau modifié lors du débat
parlementaire. Le redécoupage des régions n'est cependant qu'un aspect du
projet gouvernemental. que deviendront nos communes, nos départements, nos
intercommunalités, nos élus et le rapport des citoyens avec l'action publique
locale ? C'est tout l'enjeu du débat à venir.
 
Patrice Yung, membre de l'association des communautés de France, ex-président de l'agglomération Seine-Eure, animera le café radical sur ce sujet brûlant, qui sera le premier sujet soumis aux nouveaux sénateurs.
Si l'actualité s'est focalisée sur la création de nouvelles Régions, et en particulier d'une grande région normande, le projet gouvernemental ne s'arrête pas là. C'est tout le vieil équilibre du découpage de la Nation qui est remis en cause, entre Régions, départements, intercommunalités et communes.
Pour l'instant, l'argument majeur du gouvernement est celui de la nécessité d'une meilleure gestion de l'argent public. 
N'est ce pas un peu juste ? 
Cette approche peut-elle avoir pour conséquence de fouler aux pieds la révolution introduite par les lois de décentralisation de 1982, qui ont transformé la vie des collectivités locales en redonnant du pouvoir aux élus. 
En supprimant les départements, qu'en sera-t-il du rapport entre l'élu et la population ? Enfin, quels seront les territoires du futur et quelles seront leurs pertinences ? Faut-il diminuer le nombre des communes ? Renforcer le poids des intercommunalités ? Élire leur président au suffrage universel ? Supprimer les départements ?
Patrice Yung, président de la Case, lors de la visite ministérielle
d'Anne Marie Escoffier. Déjà s'esquissait une réforme en
en profondeur des collectivités. Ci-dessous, la vidéo de son
intervention à l'aube du projet de réforme.
Toutes ces questions seront débattues en présence de Patrice Yung. L'ex-président de la Case suit depuis 2 ans l'évolution des débats au sein de l'assemblée des communautés de France. Une expertise indispensable pour suivre un débat essentiel à l'évolution de la politique de proximité.
Rendez vous jeudi (et non vendredi comme à l'habitude) 2 octobre, 18h30, brasserie : le jardin de Bigards, 39 rue du Quai à Louviers.


 


jeudi 25 septembre 2014

Les partis politiques sont ils encore utiles ? premier café radical au Havre

Organisé par le cercle du Havre, Mickael Baron a animé le premier café
radical à la Caza de Wael. Un débat bon niveau qui en appelle d'autres.
J'ai eu l'honneur de parrainer le premier café radical organisé au Havre. Le thème " les partis politiques sont ils encore utiles ?" sera repris le samedi 18 octobre, lors du forum républicain organisé par le parti radical de gauche.
Je vous livre le texte de mon intervention qui a servi d'ouverture au débat.  
 
Les partis politiques sont-ils encore utiles ?
Il s’agit là d’une question provocatrice. Les partis politiques, quand bien même ils ont de plus en plus tendance à constituer l’exutoire de nos difficultés, font partie de notre vie politique et sociale. Ils sont inscrits dans notre constitution. J’en rappelle l’article 4 :
Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.
Ils contribuent à la mise en œuvre du principe énoncé au second alinéa de l'article 1er (La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales.) dans les conditions déterminées par la loi.
La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation.
La question posée de leur utilité, voire de leur existence, n’est donc pas anodin. En un an, deux ouvrages sont parus au sein de la gauche française. Celui de Robert Hue « les partis politiques vont mourir, mais ils ne le savent pas », ainsi que celui de Daniel Cohn-Bendit : pour supprimer les partis politiques ?!
Ils relaient le malaise dont sont victimes les partis politiques, répercussion d’un malaise qui touche la vie politique dans son ensemble. A mon avis on ne peut répondre à la question de l’utilité des partis qu’en reprenant leur histoire.
Elle n’est pas si ancienne. Elle est en tous les cas beaucoup moins ancienne que l’histoire de la politique. Elle correspond précisément à l’organisation d’un système politique républicain et démocratique.
Entre la révolution française de 1789 et la création parti radical en 1901, le premier parti politique en France, il se passe quand même plus de cent ans. Pendant ces cent années, il se passe beaucoup de choses. Citons en vrac la révolution, la terreur, les guerres, les guerres napoléoniennes, la restauration, la naissance de la 3e république, le second empire, bref, une période très agitée sur le plan des idées et de l’action politique à laquelle j’ajouterais un sujet qui me parait fondamental : la naissance de l’idéologie communiste.
De ce point de vue, l’une des premières apparitions du mot parti arrive en 1844 avec le manifeste du parti communiste écrit par Karl Marx. C’est un événement qui va bouleverser la politique même si la conception et du mot communiste et du mot parti vont considérablement évoluer.
Le mot parti  n’a rien à voir avec ce qu’il est devenu actuellement, et en particulier avec la vision la plus achevée qui correspond à celle que le parti communiste a précisément porté au cours des décennies. Le parti est alors une vision, une idée qui portée par le monde en marche. Il n’est pas question d’un parti avec des cellules, des dirigeants, des militants ou d’écurie visant à promouvoir des champions électoraux. Il s’agit juste pour les auteurs du manifestes comprendre et de s’intégrer dans un processus révolutionnaire jugé inéluctable.
Le vrai parti communiste, je veux dire celui qui va marquer la vie politique française pendant 70 ans, n’existera réellement qu’à la suite de la première guerre mondiale en s’inscrivant en rupture avec le parti socialiste au congrès de Tours en 1920, et en adhérant à la 3e internationale créée par les nouveaux détenteurs du pouvoir en Russie.
Pourquoi s’attarder sur l’histoire du parti communiste, aujourd’hui devenu marginal dans la vie politique française, et pourquoi ne pas accorder plus d’importance par exemple au parti radical de gauche ou aux autres structures politiques françaises ?
Pour deux raisons essentielles.
·      La première est que c’est sans doute ce mouvement qui a été le plus loin dans la notion même de parti. Il a même été tellement loin qu’il est mort de ses excès.
·      La seconde est que sans doute, de par cet excès même, de par l’importance qu’il a donné à la politique et à l’espoir que l’on pouvait mettre en elle, il a sans doute une large part dans la désillusion qui marque la vie politique française.
Il ne s’agit pour moi de distinguer les bons et mauvais aspects liés au poids du parti communiste dans notre société. Le modèle n’en est plus un. Il a correspondu à une époque dont il a en même temps modelé et imprégné les motivations. Ce qui est sûr toutefois c’est qu’il a largement contribué à une passion française pour la politique, cette passion qui n’a guère eu d’équivalent qu’en Italie, qui a été le pays d’Europe occidentale ou le parti communiste a été le plus fort.
Je ne pense pas que ce soit un hasard. En donnant à la lutte des classes la clef de l’évolution de la société, il a fait fausse route, mais il a créé dans les quartiers, dans les communes, dans les lieux de travail, un clivage et une adhésion solidaire qui n’a pas d’équivalent. Il a aussi, et j’en ai connu de multiples exemples, ouvert au monde et donné à de nombreux militants une ouverture au monde une soif de savoir, un désir d’apprendre et un dévouement sans équivalent. 
Parallèlement, par son comportement, par son invasion dans le monde politique, par son omniprésence dans la société française, il a créé et un mouvement de critique qu’il n’a pas su assimiler et surtout un rejet profond qui s’est traduit par une déchéance électorale qui n’est en fait que la conséquence d’une inadéquation entre la doctrine communiste et le monde réel.
Alors, voilà ! Les gens sont déçus. Ils sont déçus par la politique et ils sont déçus par les partis politiques. En fait, de mon point de vue, ils sont forcément déçus par eux-mêmes. Quand on s’est illusionné, on a naturellement tendance à rechercher un responsable.
Le corps électoral, la société, a admis qu’on ne pouvait pas changer le monde d’un coup, quelle que soit l’importance de la colère que l’on porte en soi. Ça n’empêche pas d’être en colère quand il faut, mais les scores du parti communiste et de Mélenchon sont la marque de cette désillusion.
En politique aussi, le noir et blanc n’intéresse plus. Le monde est coloré, la zapette nous ouvre un choix démultiplié d’images, reflet de la complexité du monde et l’individu a du mal à s’y faire entendre. Mais peut-on pour autant se passer des partis politiques ?
Je ne le crois pas. J’adhère aux radicaux de gauche depuis près de vingt ans et je milite depuis plus longtemps encore. La politique, l’action publique m’a apporté une qualité de relations, une réflexion, des échanges, une générosité et des vues sur le monde que je ne trouverais nulle part ailleurs. Bon c’est un point de vue personnel, voire égoïste, mais je ne vois rien dans ce qui se passe autour de moi et jusque dans l’éreintement permanent des partis et de l’action politique qui pourraient me faire changer d’avis. Je me réfère à la fameuse phrase de Churchill : « la démocratie est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres ». C’est la démocratie moderne qui a créé les partis tels qu’on les connaît actuellement. Si l’on veut se passer des partis politiques, il faut se préparer à être gouvernés par des ordinateurs ou par des militaires. Les ordinateurs génèrent les plus graves erreurs de gestion s’ils ne bénéficient pas de la critique des hommes. C’est le cas Kerviel et la panique économique de 2008. Les dictatures militaires génèrent non seulement des abominations en terme rapports humains, mais en plus, elles renforcent précisément les pires défauts des systèmes politiques, telle la corruption par exemple.
Les partis sont des affaires humaines, ils font voisiner ambition et générosité, vision collective et ambitions personnelles, soif de pouvoir et besoin d’empathie, trahison et confiance. Cette dimension n’a rien d’original. On la retrouve dans toute œuvre collective et humaine, dans les associations, les entreprises et même les familles. Mais les partis sont indispensables. Grâce à eux la vie démocratique existe, les problèmes sont mis à jour, et on se confronte à la réalité de l’action publique, bien loin du rêve.
On peut se dire qu’à cause de cela la vie politique est de plus en plus complexe. C’est pas faux. Il était toujours plus simple de s’illusionner. Mais qui peut s’occuper de nous, qui peut s’occuper du sort de la planète, de nos enfants et de nos petits-enfants ? À chaque fois que nous faisons cela, nous faisons de la politique. Et n’est-il pas mieux de le faire à l’intérieur des partis ? De confronter nos désirs et nos contradictions à celles des autres ? Un parti politique n’est rien d’autre au fond. Gramsci, une grande figure politique italienne à qui son engagement a valu des années de prison sous le fascisme, parlait du parti comme d’un intellectuel collectif. Encore faut-il le construire ce collectif. Je finirais en vous racontant une anecdote. A un collègue de travail qui critiquait les syndicats, j’avais demandé s’il était lui-même syndiqué. Il m’avait répondu que non. Je lui ai alors dit qu’il ne pouvait se permettre de critiquer les syndicats. S’ils ont tous ces défauts, c’est précisément à cause de leur faiblesse, du fait qu’ils aient de moins en moins d’adhérents et qu’ils sont de moins en moins représentatifs. Il en est de même pour les partis politiques. Si les partis politiques sont éloignés du peuple, c’est qu’ils n’ont pas assez d’adhérents. Plus ils seront faibles, plus ils seront éloignés de la réalité et plus ils seront critiquables en s’ouvrant à toutes les dérives, type Guérini ou Bygmalion... Qu’on ne compte pas sur moi pour les affaiblir encore en stigmatisant les dérives individuelles, et me mettre à côté d’une presse en difficulté, prête à scier la branche sur laquelle elle est assise en se lançant dans le bashing de la politique et des institutions.
La politique a besoin de critique, elle a besoin de pensées mais la politique ne doit jamais se défausser de l’esprit de responsabilité. C’est ce que nous devons à nos contemporains et aux générations futures.
 

lundi 25 août 2014

Concordance des temps

J'ai eu 60 ans le 3 août. Jusque là, rien d'extraordinaire. A signaler d'ailleurs qu'il est arrivé la même chose, à quelques jours près à notre président normal.ça se passe au cœur de l'été, au moment où tout le monde est en vacances.
Cette date a pris cependant pour moi un relief particulier, bien au delà de la date de mon anniversaire. Après tout, au bout de 60 ans, on finit par être habitué à ce genre de célébration amicale, même si ça fait toujours plaisir. En fait, quasiment jour pour jour, cette date correspondait à un autre anniversaire : celui des cent ans de l'entrée en guerre de la France en 1914.
Des journalistes expliquaient cyniquement que le grand succès des commémorations du débarquement de juin 44 étaient précisément dû au fait que celui-ci avait eu lieu en juin, c'est à dire à un moment où les gens sont encore mobilisés par la vie sociale. Ainsi le débarquement de Normandie a toujours plus de succès que le débarquement de Provence. 
Le café du Croissant à Paris.  Jean Jaurès y fut assassiné
le 2 août 1914, à la veille de l'entrée en guerre de la France
Question de période ... sans doute un peu. Il n'empêche : plus je vieillis, plus je me sens proche de cette période dont je n'ai pas senti qu'elle m'appartenait jusqu'à une date récente. C'est le temps qui passe qui me démontre que je lui appartiens.

Je suis né 40 ans après la guerre. Ce qui, à 20 ans, me semblait une éternité me semble un temps relativement restreint. 40 ans, c'est rien du tout, même si, dans 40 ans, je ne serai peut être pas en état d'en parler. Après tout, mai 68, que j'ai vécu à l'âge de 14 ans a durablement marqué mon existence ... et je suis capable de retracer cette période comme si c'était hier, lors même que je n'ai rien compris lorsque je l'ai vécu ...
Mais tout cela n'explique pas pourquoi je me sens de plus en plus proche de ces guerres qui s'éloignent dans le temps. Comment je me sens proche de la guerre de 14, proche de ce qui a pu être vécu en 39/40 ... Et pourtant !
Je renie pas l'impact de la guerre d'Algérie, dont l'influence a considérablement modifié mon mode de vie. Mais tout cela n'a rien à voir avec ce que je ressens de plus en plus profondément vis à vis des guerres et notamment de celle de 14.
La guerre de 14, passée par armes et bagages, c'est à dire, classée, rangée, je n'en ai retenu longtemps que l'attrait qu'elle avait eu dans le déclenchement involontaire de la Révolution Russe, que je pensais avoir une influence déterminante sur mon existence.
En fait, j'étais de cette génération de la pierre qui roule. De celle qui pensait maîtriser son destin, simplement parce que de qui pesait sur ses épaules était infiniment moins lourd que ce qu'avait eu à supporter les générations précédentes.
Nous avons cru que le monde nous appartenait, lors même qu'il n'appartient à personne. Il y a 70 ans, le  découpage du monde entre les grandes puissances à la fin de la guerre a été porteur de cette paix que l'on a appelé guerre froide. Ce découpage s'est notamment appuyé sur l'étouffement des peuples en leur assurant la protections de grandes puissances qui se révèlent incapables d'assurer à présent cette charge, et  qui ne sont plus en mesure d'assurer un projet pour la planète. Seule l'Europe est un espace de paix et montre que celle-ci reste la solution moderne des conflits, malgré toute la difficulté que cela entraîne.
Cependant, la guerre est partout, Palestine, Syrie, Ukraine même, et notre modèle peine à s'imposer. La guerre de 14/18 pour être le contraire d'un modèle, n'en est pas moins le socle sur lequel notre monde s'est construit. Ainsi, non seulement il a établi des vainqueurs, des vaincus, et des constructions étatiques passant parfois au travers de l'histoire. Tous les modèles qu'il a construit sont à présent fragilisés, ce qui, au bout d'un siècle n'est finalement pas surprenant. 100 ans, c'est long pour tout le monde. Mais ce qui a finalement réussi à s'imposer au cours du siècle, c'est l'idée que la liberté, l'égalité, la fraternité au bout du compte, impliquaient le refus de la guerre, de l'oppression, de la colonisation. A ce titre, nous n'avons pas encore parachevé la mission de la grande guerre. Sans doute laisserons nous cette tâche aux générations à venir, sans jamais oublier ce que nous ont laissé les enfants de 14/18, qui ont connu avant 30 ans la souffrance extrême, l'humiliation, la soumission, la blessure et la mort sans savoir ce que tout cela allait apporter au monde.

mercredi 13 août 2014

L"État a-t-il encore un sens en Europe ?

Suite du programme du forum républicain et poursuite de la réflexion ...
Atelier dimanche 18 octobre : 
La question de l'Etat, de sa réalité, de son pouvoir face au monde, au poids des multinationales et de l'Europe. 
L'Etat a-t-il encore un sens en Europe ? 
difficile de répondre par oui ou par non ...




Virginie Rozières, nouvelle députée européenne au cœur du débat sur l'Europe
animera le dernier (mais non le moindre !) atelier du forum républicain. 
Alors que les élections européennes de 2014 ont été marquées par un taux de participation très  faible et un score historiquement élevé du Front national, la relation entre l’Etat et la construction europée
nne semble au cœur des préoccupations de nombre de nos concitoyens.
 Le processus d’intégration européen est caractérisé par le respect de la notion d’Etat, c’est « l’Europe des Etats-nations », construite par eux-mêmes en déléguant volontairement une partie de leur souveraineté à un organe supranational, légitimement élu et pouvant mieux assurer un certain nombre de missions. Ce principe de subsidiarité, impliquant que chaque mission doit être réalisée par l’échelon qui est le plus efficace, est un des principes fondamentaux de la construction européenne.

Paradoxalement, malgré la force et le respect de ce principe, la remise en cause de l’Europe prend du poids dans l’opinion en cette période de crise où le repli sur soi est exacerbé. Pouvons-nous dire alors que l’Europe a remplacé l’Etat ? Celui-ci a-t-il encore un sens en Europe ?

La question est volontairement polémique car bien évidemment l’Europe ne peut pas tout gérer et ne doit pas tout gérer. Cependant cette question met en exergue le fait que les deux constructions, celle de l’Etat et celle de l’Europe, peuvent paraître antinomiques. En effet l’Etat s’est construit par la force au terme de siècles de luttes et a ensuite imposé une culture et une identité commune progressivement acceptées par la population qui en a fait ensuite le ciment de l’unité nationale. Pour l’Europe en revanche, même si une conscience collective européenne émerge péniblement, c’est le pragmatisme qui a motivé sa construction, d’abord la paix puis la prospérité économique et la défense des droits fondamentaux. En période de crise on voit bien que ce pragmatisme est toujours présent, la différence étant que le propos s’est inversé : ne serait-il pas dans notre intérêt de quitter l’Union ?

Les grands axes de réflexion sur cette question du sens de l’Etat en Europe se situent donc à quatre niveaux :

  • Le processus d’intégration de l’Union européenne enlève-t-il progressivement toute utilité à l’Etat ?
  • Est-on alors dans une période transitoire où le débat sur l’Europe est en faite celui entre deux types d’organisation, d’échelle du pouvoir ?

  • Ne peut-on pas concevoir la construction d’une fédération européenne parallèle aux états, qui les respecte, sur lesquels elle s’appuierait créant des synergies et permettant une gestion plus efficace des affaires publiques ?


  • Est-il possible de créer pacifiquement une alternative crédible à des organisations étatiques qui ont mis des siècles et traversées d’innombrables guerres pour enfin obtenir cette légitimité qui semble faire tant défaut à l’Europe actuellement ? 

mardi 12 août 2014

Les partis politiques sont-ils encore utiles ?

Forum républicain, suite des débats :
Intervenants : Rama YADE, Robert HUE, Corinne LEPAGE, Jean-Luc BENHAMIAS et Yves PIETRASANTA
Atelier du samedi 18 octobre à 18h15

(nota bene : et l'on remarquera que tous les intervenants ont eu à un moment ou à un autre des problèmes avec leurs partis politiques d'origine)  

Eléments de débats : 
Corinne Lepage, toujours
présente dans le débat, n'a
jamais ressenti le besoin
d'adhérer à une grande
formation 
Les récentes « affaires » financières et judiciaires auxquelles ont été confrontés les partis politiques ont accentué un mouvement de défiance ancien et croissant à l’égard des partis politiques.

Outre de concourir à la formation d’une opinion publique en structurant le débat public, puis de sélectionner et de professionnaliser des candidats aux élections, les partis ont pu devenir par le passé de véritable espaces de socialisation à part entière, pouvant structurer le corps social.

Mais l’évolution des pratiques politiques a considérablement affecté tant le rôle que l’image des partis politiques auprès des citoyens.

La libéralisation de l’accès à l’information, l’individualisation du rapport à la chose publique, la personnalisation de l’exercice du pouvoir ont réduit le poids des partis dans l’action publique. Le
développement des « primaires » leur ôtant même la fonction de sélection des candidats aux élections.
On peut dire ce qu'on veut de l'évolution de Robert Hue, mais
son parcours même est celui d'un homme pour qui le parti a
représenté tout, c'est à dire la seule voie d'émancipation de
l'humanité. Le petit parti qu'il a créé depuis a du mal à lui
donner le moyen d'exister. Normal ! Sa démarche s'apparente
davantage à un parcours individuel.


Au-delà de leur confrontation à des institutions qui progressivement réduisent leur influence, les partis politiques souffrent d’une vraie crise de représentativité. L’ensemble des partis français connait une baisse structurelle du nombre de leurs adhérents, que seule une campagne et une dynamique autour d’une personnalité politique est susceptible de momentanément interrompre.

La délicieuse Rama Yade, après
avoir été Sarkozyste s'est faite
accueillir par Borloo lorsque celui-ci
a fondé l'Udi... puis a tenté de prendre
la tête du parti radical valoisien. Preuve
que même si les partis politiques ne lui
ont pas donné ce qu'elle attendait, elle
continue à avoir besoin d'eux.
Le défi auquel sont confrontés les partis politiques est de aussi de résister au « militantisme à la carte » offert par des mouvements sociaux « monothématiques ». Un défi complexe compte tenu de
l’atomisation du débat politique, et de l’atténuation des grands clivages partisans. Peut-on encore avoir des débats de fond dans un parti politique ?

Jean-Luc Bénhamias ex-Verts, ex-Modem, a décidé de
créer son propre parti : le front écologiste et démocrate,
démontrant ainsi à quel point la vie politique est difficile
a l'intérieur des organisations nationales... Le fait est que ce
sont les seules qui permettent d'avoir une audience minimale.
A moins que la crise des partis ne soit en réalité le fruit d’un renoncement à leurs principes premiers : offrir une lecture politique de la société, et de son devenir, suffisamment cohérente pour rassembler autour d’elle des personnes qui en partagent les valeurs structurantes, plutôt que de recherche la maximisation de son potentiel électoral.

Jean-Yves Pietrasanta, créateur de Génération-Ecologie 
Dès lors les partis politiques sont-ils aujourd’hui encore nécessaires et utiles ?

Les partis politiques n’ont-ils pas vocation aujourd’hui à devenir des rassemblements d’élus ?

Le non-cumul des mandats, l’introduction de plus de proportionnelle donnent-ils, au contraire, plus de perspectives aux partis politiques ?







lundi 11 août 2014

Simon Leys et la fin des illusions



Simon Leys intellectuel européen,
né le 28 septembre 1935 à Bruxelles,
mort à Canberra, Australie.
Il est une époque pas si lointaine (puisque je l'ai vécu) où une grande partie de l'intelligentsia française s'était entichée du Président Mao et voyait dans la dictature à laquelle il soumettait la Nation chinoise le parangon de l'avenir de l'humanité. 

Les illusions dangereuses et mortifères véhiculées par ce socialisme exotique se sont tues. L'évolution du parti communiste chinois et la mort progressive des régimes dictatoriaux se revendiquant du socialisme ont largement contribué à l'extinction du honteux soutien qu'on a pu leur attribuer. Seul Mélenchon et quelques gauchistes entêtés cherchent du côté de Chavez et de Cuba des vertus aux dictateurs. 
Tel n'était pas le cas en 1971, lorsque Simon Leys a jeté un
Les habits neufs du président Mao n'ont pas
été un succès de librairie,  mais ont empêché
le succès d'ouvrages courtisans envers la
dictature chinoise et ont préfiguré la nature
du régime et l'écroulement politique du maoisme
à la française. 
immense pavé dans la mare de l'aveuglement des intellectuels maoïstes français. Son livre : "les habits neufs du Président Mao, s'attaquait de front au discours officiel que la Chine avait réussi à imposer à une presse française paresseuse, et dont une bonne part de ce qui essayait de penser en France reprenait sans distance en y recherchant sans trêve et sans honte un modèle pour l'humanité.
Dans son livre, il remettait les choses à leur place, expliquait ce en quoi la Révolution culturelle était en fait la traduction d'un règlement de comptes impitoyable orchestré par le président Mao qui a amené la mise en coupe de la Chine. On pouvait y voir un exploit politique, mais surtout pas un progrès pour la Nation chinoise et encore moins pour l'humanité.
Les propos de Simon Leys ont été
lourdement ignorés par les tenants
du socialisme exotique qui avaient trouvé
dans la dictature maoiste un substitut au
régime soviétique, qui revélait au monde
ses avanies.
L'essentiel de ce qui était dit dans cet ouvrage dont nul ne connaissait l'auteur, s'est révélé vrai dans les années qui ont suivi. 
En fait, Simon Leys était le nom de plume de Pierre Ryckmans. Celui-ci, grand connaisseur de la Chine, était belge. Cette distance a sans doute contribué à la manière dont il a roulé l'intelligentsia maoïste dans la farine. Disons qu'avant son ouvrage, les dénonciations de cet état d'esprit lamentable n'étaient que marginales.  
Signalons enfin et nous n'en parlerons plus que Simon Leys avait pris un pseudonyme de façon à se garder la possibilité de séjourner en Chine. Une intellectuelle maoïste française Michelle Loi avait cru bon de le dénoncer, ce qui en dit long sur l'état d'esprit de l'époque ... (encore une fois pas si lointaine) et sur la manière dont les intellectuels peuvent se transformer en répugnants courtisans prêts à se soumettre pour pas un rond à toutes les dictatures. 
Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, est mort aujourd'hui. 

Au delà de sa dénonciation du maoïsme, Simon Leys a fait partager sa grande connaissance de la culture et de l'histoire de la Chine. Il faisait aussi partie des "Écrivains de Marine", association regroupant une vingtaine d'auteurs. Son dernier ouvrage, les naufragés du Batavia, était paru aux éditions Arléa. 



   




dimanche 10 août 2014

Faut-il supprimer le 1er ministre ?...

ou, pour parler plus précisément : le poste de premier ministre

Atelier du samedi 18 octobre à 14h00



Rien à voir avec une question de personne... Mais c'est vrai que, si on a
du mal à comprendre le statut de 1er ministre sous la 5e République, c'est
peut-être que cet incohérence à laquelle on a fini par s'habituer devrait être
supprimée ... 
Alors que la IVème République a été marquée par l’instabilité parlementaire qui fut d’ailleurs à l’origine de son impopularité, les institutions de la Vème République consacrent le rôle central du Président de la République, chef de l’Etat, des armées mais bien souvent également chef de la majorité parlementaire. La fin de septennat et la concomitance des élections présidentielles et législatives ont encore renforcé ce phénomène. En effet l’élection présidentielle se déroulant un mois avant les élections législatives il est peu probable que les français se déjugent dans un laps de temps aussi court d’autant que la victoire à l’élection présidentielle garantit une dynamique propice à la victoire du camp du président élu aux élections législatives qui suivent.

Nous l’avons vu avec les différents Premiers ministres qui se sont succédé et hormis les cas  particuliers des cohabitations, la fonction de Premier ministre peut s’apparenter à un cadeau empoisonné. Serait-il un simple « collaborateur » du Président de la République comme avait été désigné François Fillon par Nicolas Sarkozy alors au pouvoir ? A-t-il les moyens d’être plus que cela ?
C'est un point sur lequel curieusement François Fillon était
d'accord avec le prg avant 2007 : supprimer le premier
ministre. Dans le cadre des relations sado-maso
  qu'il a connu avec Nicolas Sarkozy, celui-ci  n'a sans
doute pas manqué de lui rappeler. L'ex premier ministre a-
  t-il toujours le même point de vue maintenant qu'il affiche
son ambition de devenir Président de la République ?
  

Faut-il supprimer le Premier ministre ?

On peut d’abord se demander si le problème vient de la fonction de Premier ministre elle-même ou du rôle du Parlement. En effet la question de l’utilité du Premier ministre renvoie immédiatement à la place du Parlement qui serait pour certain devenu une simple « chambre d’enregistrement ». La question de la séparation des pouvoirs se pose ici et l’on voit bien actuellement toute la difficulté pour les parlementaires de la majorité d’exercer sinon un contre-pouvoir en tout cas leur indépendance vis-à-vis de l’exécutif.

Pour rappel, l’article 21 de la Constitution stipule que « Le Premier ministre dirige l'action du
Gouvernement. Il est responsable de la défense avec nationale. Il assure l'exécution des lois. »

Le rôle du Premier ministre est donc très important et clairement inscrit dans la Constitution de la Vème République. Le problème ne semble donc pas être les textes mais leur application. En effet la légitimité énorme qu’offre au Président de la République son élection au suffrage universel direct ne serait-elle pas une des causes de l’effacement du second personnage de l’Etat ? Plus encore, le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale, et donc de renvoyer le Premier ministre et son gouvernement, ne contribue-t-il pas à le placer dans une situation de précarité, empêchant l’affirmation de son autorité et la bonne conduite de ses missions ?


En somme, faut-il supprimer un Premier Ministre victime d’une position impossible, intrinsèque à l’organisation du pouvoir de la Vème République ou faut-il réhabiliter cette fonction fondamentale, garante du respect du pouvoir législatif ? Notre République changerait alors radicalement de nature.