dimanche 30 décembre 2012

Louviers, Hollande et Mendès France

 Images de la dernière visite présidentielle. Mendès
France accueille le Général de Gaulle dans sa ville 
en 
1945. Un tel évènement ne s'y est jamais reproduit.
Chaque visite présidentielle est un signe. 
L'évènement est assez rare pour qu'on y accorde l'importance qu'il mérite. 
Le 5 janvier,  Franck Martin accueillera dans sa ville le Président de la République François Hollande juste avant la clôture de l'exposition consacrée à Pierre Mendès France.  
Il s'agit d'un évènement majeur pour la ville de Louviers, un honneur pour la municipalité dirigée depuis 17 ans par Franck Martin et au delà, il s'agit bien sur d'un message politique qui a forcément une ampleur nationale. 
Pierre Mendès France pour
une République qui bouge
Nous sommes dans l'attente des paroles que François Hollande prononcera à cette occasion, mais sa visite a d'ores et déjà un sens... un sens et plusieurs interprétations.

Louviers est une ville moyenne. On sait l'importance des villes moyennes dans la structuration organisationnelle de la France. Il s'agit d'un enjeu majeur dans le grand projet de décentralisation à venir. Laurent Davezies en a parlé dans un ouvrage sur la fracture territoriale et j'en ai fait un compte-rendu rapide dans un article qu'on peut retrouver en cliquant . Les villes moyennes sont en crise, et ce qui peut les sortir de cette crise c'est précisément d'élargir leur champ d'action en prenant en charge l'organisation des territoires environnants et en jouant sur la complémentarité avec les métropoles. Il s'agit de l'enjeu de la République Moderne défendue par Pierre Mendès France.
Il s'agit aussi de l'enjeu mis en oeuvre par Franck Martin et que vient couronner l'achèvement de la construction du territoire de la communauté d'agglomération Seine-Eure au 1er janvier 2013. Cet élément moteur est exemplaire non seulement par son activité mais aussi par sa capacité attractive et sa mise en réseau avec la métropole Rouennaise. 
Franck Martin, maire de Louviers, passeur entre
 François Hollande et Pierre Mendès France
 .  
En fait, c'est en cela que Louviers est restée mendésienne ou mendésiste ... Un goût pour la vérité, même si cela dérange. Une ouverture sur la monde et sur la culture, et un refus de se rendre prisonnier d'un passé que l'on a humainement tendance à enjoliver. Un amour pour la démocratie, pour le peuple et la foi en l'intelligence de l'homme, un refus de la démagogie, un hommage au courage comme socle de la liberté indissociable du progrès de l'humanité. Tout cela au fond est ce qui réunit Franck Martin, Pierre Mendès France et tous les républicains démocrates.
J'entends dire ici ou là : mais il faut que François Hollande s'assume comme social démocrate ... mais François Hollande n'est pas social démocrate, il est radical. 
La social-démocratie a connu son essor avec le développement de l'action syndicale et sa transformation en moteur politique. Cela n'entre pas dans l'histoire de notre pays profondément marqué par l'histoire de la République dont elle a imposé le nom et les valeurs au monde. 
François Hollande, porte l'image et le projet Français. Il s'agit 
d'un projet républicain, c'est le projet radical basé sur le 
respect de la vérité comme socle des valeurs républicaines. 
En reconnaissant, après Jacques Chirac, le rôle de la France 
dans la rafle du vel d'hiv, il défend le principe d'une 
République capable de se regarder en face.
Cela veut dire qu'elle considère, à l'inverse de la phraséologie socialiste, que les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité sont indépassables. 
Le socialisme, en dépit du poids du parti qui revendique son idéologie est une chose morte et c'est le radicalisme, la République, qui façonnent le présent et sont porteurs d'avenir. 
Les radicaux sont minoritaires en France, mais ils sont en tout état de cause porteurs de l'identité politique de la France, de son histoire et de sa modernité. Ils sont porteurs de son universalité et du destin de son peuple depuis la Révolution Française. Ils sont minoritaires et marginaux comme l'était Pierre Mendès France. Ils sont tout aussi indispensables que le grand homme à qui Louviers et la République rendent hommage.



PS (c'est le cas de le dire !) : l'hommage rendu aux grands hommes porte inévitablement ombrage aux plus petits d'entre eux. Nous savions Marc-Antoine Jamet dévoré par l'envie et incapable de supporter de ne pas être encore président de la République ... Le fait que François Hollande ose se rendre à Louviers a suscité sa colère au point qu'il est intervenu auprès du chef de cabinet de l'Elysée. Le but : convaincre le Président de la République qu'il ne pouvait faire autrement que de se rendre à Val de Reuil, ville du prestigieux 1er fédéral ! On doute que l'écho de ce caprice d'enfant ait provoqué autre chose que des éclats de rire... 




mercredi 26 décembre 2012

le mariage pour tous peut-il changer la société ?

Avant le café radical, le point de vue d'une psychanalyste dans le Monde :

Psys, Taisons-nous !


Ne nous y trompons pas ! Malgré l'évidence que représente pour beaucoup le mariage pour tous, c'est une nouvelle vision du monde, de l'humain et de sa relation à la sexualité et à sa reproduction qui s'offre à nous. Le sujet mérite débat, et c'est d'ailleurs pourquoi le café radical organise son prochain débat sur le thème du mariage pour tous avec Eddie Aït, maire de Carrières sous Poissy et membre du bureau du parti radical de gauche. Ce sera le mercredi 16 janvier. 
Ci dessous, un article de Sylvie Faure-Pragier paru dans le Monde de ce jour. La psychanalyste tord le cou à tout ce qui a pu se dire et s'écrire au nom de la psychanalyse sur l'influence de l'homoparentalité sur la santé mentale des enfants et leur construction psychique.  

Sylvie Faure-Pragier

Depuis que se profile le vote de la loi sur le mariage pour tous, une efflorescence d'articles psychanalytiques envahit les médias. Au coeur du débat : l'homoparentalité. Ces articles font-ils état d'une expérience clinique des problèmes rencontrés par les enfants des couples homosexuels ?

Aucunement. Les données publiées dans les pays où cette possibilité existe depuis suffisamment de temps pour que ces enfants soient devenus adultes sont superbement ignorées. Les informations et les études pourtant précieuses des auteurs américains, australiens, israéliens, belges et autres sont disqualifiées.

BIEN DES A PRIORI
Le mariage pour tous, la procréation
médicale assistée est un problème
En France, ces articles s'appuient essentiellement sur les théories issues de l'analyse de sujets dont les parents sont hétérosexuels. Avoir deux parents de sexes différents serait indispensable à la reconnaissance des sexes.
L'identification d'un garçon à un homme serait empêchée s'il n'avait pas de père. Du coup, certains psychanalystes en ont déduit bien des a priori sur l'homoparentalité. Selon eux, la conception hors différence des sexes abolirait le fantasme d'engendrement en réalisant le rêve d'auto-reproduction qui serait au coeur de la psychose...
Pour ces psychanalystes, le symbolique est tributaire de la réalité. Le passé représenterait alors "le bien et le vrai". L'homoparentalité serait une transgression.
Ces critiques me ramènent vingt ans en arrière, lors des premières fécondations in vitro dans les couples hétérosexuels. Il y eut alors un vaste regroupement de psychanalystes pour critiquer ces procréations médicalement assistées (PMA).
Selon eux, elles allaient aboutir à créer des enfants dont l'inconscient serait altéré. Ils prédisaient, comme aujourd'hui avec l'homoparentalité, que des catastrophes allaient s'abattre sur ces enfants "artificiels".
Ils pensaient que, privés à l'origine de l'abri de l'utérus maternel, ces enfants ne pourraient accéder à la scène primitive puisque celle-ci n'était pas à l'origine de leur conception dans la réalité !Ces enfants "artificiels" seraient alors menacés dedevenir psychotiques.
La réalité de l'évolution normale de ces enfants fit bientôt taire les terrifiants oracles de ceux qui se sont déconsidérés par l'excès de confiance en leurs constructions théoriques.
LES MÊMES FANTASMES
Or voici que ce débat reprend vingt ans plus tard, sous-tendu par les mêmes fantasmes :
1. La menace du chaos exprime la crainte de l'ébranlement d'un ordre du monde. Alors, ce serait l'analité toute-puissante que libérerait la transgression. Le fantasme impliqué serait celui d'une régression à la toute-puissance infantile puisque le garant de la loi symbolique, le père, aurait été éliminé.
2. L'angoisse rejoint le fantasme de l'apprenti sorcier. La puissance de la science se projette sur son objet. Dépassé, le médecin deviendrait l'esclave d'une créature qui échapperait à son contrôle tel le Golem ou Frankenstein. Nous fabriquerions des êtres déshumanisés : ils viendraient se venger en détruisant l'humanité.
3. Mère idéalisée : le progrès abîmerait la Nature. L'attaque de celle-ci entamerait l'intégrité de ses fruits. Les enfants de l'homoparentalité seraient pathologiques.
Ces prévisions catastrophistes dénient toute vie psychique autonome ! Que savons-nous sur les effets de la parenté homosexuelle ? Je ne peux que résumer les connaissances actuelles en disant que les résultats de procréations homosexuelles pratiquées à l'étranger sont rassurants.
On doit dire que, si ces enfants ainsi conçus, nombreux aux Etats-Unis, devenaient psychotiques, cette situation n'aurait pas manqué d'alerter, là-bas, les experts hostiles à ces pratiques.
La méthode freudienne se fonde sur l'écoute. Jusqu'à aujourd'hui, le coït procréateur, nommé aussi scène originaire, a été un des fantasmes organisateurs de la psyché. Cependant, n'est-il pas lui-même une représentation privilégiée d'un complexe enchevêtrement de désirs parentaux ? D'autres représentations ne pourraient-elles avoir la même fonction ?
La symbolisation me paraît être une capacité de notre psychisme et non une conséquence de l'organisation familiale réelle.
Pourquoi les efforts considérables faits par des parents pour faire naître leur enfant ne pourraient-ils pas induire un effet structurant ? Ce serait l'ébauche d'un nouveau fantasme originaire qu'être ainsi un "enfant du désir d'enfant", adopté ou procréé médicalement.
 ÉTHIQUE DU BIEN
L'identité se réfère aux désirs parentaux et non à l'usage qui est fait des cellules germinales. C'est l'expérience psychanalytique qui nous dira un jour comment se seront agencés les fantasmes des enfants de nos patients après la victoire sur le destin anatomique que la médecine a offerte à leurs parents.
Si je me sens apte à étudier cette situation, sans doute est-ce lié à ma connaissance des choix éthiques des autres nations européennes. Si la France prône une éthique du bien, c'est une éthique de la liberté qui s'applique dans de nombreux pays.
Là, chacun dispose librement de son corps tandis que chez nous l'indisponibilité du corps est décidée par la loi.
La liberté est un modèle qui laisse les parents responsables de leurs choix procréatifs. Le psychanalyste n'a pas à imposer un point de vue devant le désir de la société de s'adapter à la situation existante.
Il n'a pas à s'opposer à la volonté de donner aux enfants des homosexuels la reconnaissance de leur filiation, même si celle-ci est contradictoire avec la biologie. Sans une expérience clinique réelle, les psychanalystes ne peuvent se substituer ni à l'opinion publique ni au législateur. D'ici là, "taisons-nous !"
...
Ou ne nous taisons pas !
Le prochain café radical "le mariage pour tous peut-il changer la société ?" est même ouvert aux psychanalystes, comme il est ouvert à tous. 
Ça se passe au "Jardin de Bigards" 39 rue du Quai, à Louviers, mercredi 16 janvier à 18h30

jeudi 20 décembre 2012

Npa, la salle affaire !

Immuable immobilisme du Npa à Louviers comme ailleurs.
Solidaires avec les ouvriers de Cinram tant qu'ils sont dans la
rue et que le Npa peut sortir ses drapeaux. Mais il ne faut
surtout rien leur demander.
Affaire de salle et sale affaire pour le Npa pris qui démontre son étroitesse d'esprit au détriment de ses grands principes... tant pis pour les licenciés de Cinram !

À Louviers, depuis la fermeture de l'entreprise, une association s'est créée regroupant de manière active les travailleurs licenciés de Cinram.
Ceux-ci ont demandé une salle à la municipalité de Louviers.
Ils souhaitent se réunir, rester soudés et solidaires et travailler sur des dossiers complexes de situations personnelles.
Après visite des locaux envisageables le choix de Press'eure (c'est le nom de l'association) s'est portée sur une salle correspondant exactement à leurs besoins. Seul petit souci, la salle est actuellement allouée aux oppositions municipales.
Pas de problème. La municipalité propose aussitôt aux groupes de l'opposition de faire un échange en leur proposant une autre salle.
Or c'est ici que le bât blesse ... mais pas spécialement là où on l'attendait.
La défense des droits des travailleurs, comme la solidarité
 ne se passe pas que dans la rue. C'est ce que tout le monde
peut comprendre... sauf le Npa !
L'Ump, première contactée, et peu susceptible de donner son aval au mouvement ouvrier a donné son accord non seulement sans barguigner, mais encore en soulignant à quel point ils se sentaient solidaires des personnes en situation difficile. "une cellule de reclassement, je sais ce que c'est" a même dit Benoit Veyrat, future tête de liste de la droite contre Franck Martin.

Du côté du Ps, aucun problème non plus, et pas de difficulté à reconnaître que l'urgence à agir pour les anciens de Cinram  ....
Alors, d'où vient l'absence de l'élémentaire solidarité ?
Mais du Npa mes amis,
des petits enfants dégénérés de la Révolution d'Octobre, des thuriféraires du prolétariat, des encenseurs du pouvoir ouvrier ... qui refusent de laisser un peu du confort qu'ils ont acquis grâce aux institutions en laissant à la porte ceux qui en ont vraiment besoin.  
Minable ! Comme dirait le premier ministre...

dimanche 16 décembre 2012

Impayable Depardieu !

Qui est gros  ? Là encore un texte annonciateur... Obelix
 traduit en flamand, ce qui pourrait servir à Gérard Depardieu
... tant que les Flamands ne font pas sécession



A priori, on ne peut pas faire plus Français que Gérard Depardieu ! Au delà de son nom, de son prénom symbolique de la France d'une certaine époque et reprise dans un sketch célébre de Coluche Gérard...

Gérard Depardieu, c'est aussi le passage par "le café de la gare" de Romain Bouteille  école française du comique qui de Coluche à Balasko, à Miou Miou, a marqué la France de l'après 68.

Mais si l'artiste fait parler de lui, ce n'est ni pour son passé, ni pour un projet artistique ! C'est tout simplement parce qu'il veut payer moins d'impôts. En gros le voilà ravalé au rang de n'importe quel contribuable, sauf que lui, des impôts, il en avait pas mal à payer... enfin, l'on suppose, je n'ai pas eu copie de ses avis d'imposition. 
De là, très justement, le premier ministre a déclaré que l'attitude du susdit était minable. 
Ce que justement, est venue confirmer la réponse de Gérard Depardieu, dont copie est publiée dans le Journal du Dimanche de ce jour, accompagnée de son passeport.
Green card ... un film où Gérard Depardieu
voulait changer de nationalité...
Prémonitoire ?
Visiblement, minable est le mot qu'il ne supporte pas ... et pourtant, même si Depardieu n'est pas un minable, il a bien souvent des comportements minables, comme nous tous, et comme il en fait justement étalage dans son courrier pathétique. 
Il renvoie son passeport, comme si cela suffisait à faire qu'il ne soit plus français... mais c'est qu'on est français par le droit du sol depuis Napoléon, pas par caprice ou mauvaise volonté. On est français comme on est baptisé, par le seul fait qu'on soit né sur son sol... après, qu'on soit bon ou mauvais français, content ou pas content de l'être, c'est un autre problème !
En fait, curieusement, le comportement de notre Gérard national, fait penser à celui de ces enfants de l'immigration qui refusent leur identité, revendiquent une identité algérienne ou marocaine parce qu'ils ont du mal à trouver leur place... 
Cela coûte bien sûr beaucoup plus à la France, mais il y a là une part de même incohérence, de même comportement infantile, de même demande de France. Sans doute le plus pathétique en revient-il au moment où Gérard Depardieu accuse la France d'avoir condamné son fils a trois ans de prison pour détention d'héroïne... mais son fils aurait-il eu une peine plus clémente en Belgique ? Quel rapport avec les impôts ? Et a-t'on entendu Gérard Depardieu profiter de son prestige pour condamner une politique pénale inadaptée à la consommation des stupéfiants ....
Non non, Depardieu nous fait un caprice de star... avec toute la mauvaise foi des caprices d'enfants, avec tous les calculs des stars... quelque chose d'un peu minable en effet. Mais on ne demande pas aux artistes d'être parfaits .... on ne peut demander ça qu'aux Dieux pour qui ils ont parfois tendance à se prendre, ou aux saints, pour ceux qui y croient. 
Effectivement, Depardieu peut toujours retourner son passeport, le couper en petits morceaux, et faire toutes les crises qu'ils veut bien... Il peut toujours être heureux ou malheureux.... Il reste un petit français et pour le coup, il se montre de plus en plus petit.

vendredi 14 décembre 2012

Le cinéma ... l'incroyable histoire de Louviers

Le gâteau des 30 ans présenté par Jean-Edouard Criquioche
gérant des cinémas et Franck Martin. A présent, l'équipement
a acquis sa stature et son statut, battant année après année des
 records de fréquentation. Mais l'équipement est aussi le fruit
 d'un combat ancré dans l'histoire de Louviers.
30 ans de bonheur !
Hier soir, à l'occasion le 30ème anniversaire du grand forum, a été l'occasion de se remémorer l'histoire d'un équipement qui a vécu tous les soubresauts politiques de la ville durant ces trois dernières décennies.
Forcément, chaque anniversaire est l'occasion de revenir à la naissance de l'individu. J'évoquais avec avec Claude Blanluet la première séance de l'équipement. je me souviens qu'alors je tenais bénévolement la caisse mais je ne me souviens pas par quel hasard. Claude Blanluet était secrétaire général de la commune, on dirait aujourd'hui directeur général des services. Moi j'étais simple employé. On faisait un peu avec les moyens du bord.


Cette anecdote personnelle situe la dimension bénévole et militante liée au lancement de l'équipement, qui lui-même était le fruit d'une longue maturation. 
En 1982, tout le monde ne croyait pas en l'avenir du cinéma. c'est un euphémisme ! Je ne parle même pas du cinéma à Louviers, mais je parle tout bêtement du cinéma tout court. Certes Louviers avait vu disparaître ses deux cinémas, l'Eden et le Normandy, mais c'est un peu partout que l'on constatait une diminution de la fréquentation. Le 7e art était donné moribond et l'avenir était à l'écran télé généralisé dans tous les foyers.
Et voilà qu'à Louviers, une ville de moins de 20.000 habitants faisait le pari de rouvrir un cinéma quand deux salles venaient de mourir de leur belle mort. Pire encore, la ville ouvrait trois salles.
On allait voter dans trois mois, et l'on ouvrait trois salles. C'était un pari fou. La défaite aux quelques mois plus tard n'a sans doute rien à voir avec ce pari risqué, mais situait malgré tout les difficultés d'une équipe qui commençait à s'user mais ... qui continuait à prendre des risques.
Pour dire la façon dont on s'était posé la question à l'époque : on s'était demandé si l'équipement devait être public ou privé... avant que la gestion privée ne s'impose. On s'était demandé quel gérant pourrait remporter le morceau ... avant que le gérant des cinémas d'Evreux, Ageorges, ne prenne le dessus ... en expliquant d'ailleurs très bien pourquoi seul l'apport d'un professionnel, connaisseur des réseaux de distribution pourrait permettre la survie des cinémas et que seule cette survie pourrait à l'occasion permettre la diffusion d'oeuvres de cinéphiles.
Bref ! Après des mois, des années de débat, l'équipement était là !
Hélas, trois fois hélas, la municipalité Fromentin Martin allait perdre les élections. Sans doute ne doit-on pas imputer à la municipalité Proust qui lui succéda, la responsabilité de la chute de fréquentation des cinémas, mais toujours est-il qu'on s'est mis après quelques années à parler de fermer l'équipement qui, avec le temps était fermé au public en semaine limitant aux week-ends la diffusion des films. De nouveau le cinéma était sur la phase descendante et le pari était perdu.
Tous les amateurs de cinéma de Louviers se souviennent d'une manifestation organisée par l'opposition d'alors (devenue pour partie la majorité actuelle) exigeant le maintien des activités cinématographiques. 200 personnes s'étaient réuni qui demandaient à la municipalité d'intervenir.... et de fait la municipalité était alors intervenue en faisant distribuer un tract ... par les sapeurs pompiers de Louviers.
Phénomène doublement incroyable, non seulement le maire n'avait pas eu le courage d'affronter les manifestants, mais en plus elle faisait distribuer par des agents municipaux (les pompiers l'étaient encore à l'époque) dont ce n'était ni le statut ni la fonction un tract directement politique ...
Là encore l'anecdote souligne à quel point le sujet était politiquement chaud et s'est finalement traduit par la reprise de l'équipement  par Richard Patry (sur la photo devant le cinéma Mercure), gérant des cinémas d'Elbeuf ...
Il s'agissait d'un pari insensé...  mais cela a marché. Dans des conditions difficiles au début puisque les relations entre gérant et propriétaire (la municipalité est propriétaire des murs) a été très difficile jusqu'au renversement de l'équipe Proust et son remplacement par celle de Franck Martin.
Richard Patry a depuis laissé sa place à Jean-Edouard Criquioche. Ce n'est pas tout. Le cinéma s'est doté d'une très grande salle apte à accueillir les spectacles vivants, qui permettent la collaboration avec la Scène nationale, et qui contribuent à faire de Louviers la capitale culturelle de l'Eure.... tant il est vrai que le cinéma a permis de structure l'action culturelle locale, indépendamment de sa programmation.
Louviers bénéficie maintenant de 5 salles de différentes dimensions, peut accueillir spectacles et congrès et est parvenu à une fréquentation annuelle de 120.000 spectateurs, soit dix fois plus qu'au moment où la municipalité Proust envisageait de la fermer. Le cinéma est maintenant équipé en numérique et peut accueillir les films en 3 dimensions... et va bientôt être équipé de nouvelles petites salles permettant à des petits groupes de faire leur cinéma tout seuls.
Voilà le beau scénario de ces trente années que la soirée d'hier m'a permis de revivre !
Merci à tous.

jeudi 13 décembre 2012

Mac Arthur Glenn, le jugement

Michel Chmpredon entouré de Franck Martin et de Didier Bazin
lors d'une conférence de presse avant le passage en commission
nationale. Il ne s'agissait de rien d'autre que de faire valoir le droit.
"Le réel, c'est quand on se cogne" disait  Lacan.
Le jugement de la Commission nationale d'aménagement commercial claque sèchement les élucubrations des défenseurs du projet Mc Arthur Glenn. Elle n'est pourtant que la conséquence logique du premier jugement qui déjà s'appuyait sur la Loi L 752-1 du code du commerce.
Cette loi a un sens dans l'aménagement du territoire. Elle consiste à limiter l'implantation sauvage et mortifère de surfaces commerciales au coeur de nos campagnes, dénaturant le paysage, encourageant les déplacements automobiles avec pour seul risque économique pour les entrepreneurs que de laisser une friche urbanisée au coeur de nos paysages ruraux.
Bref, la Loi conçue au moment même de la négociation de ce qu'on a appelé le Grenelle de l'environnement s'intègre dans une démarche moderne, prenant en compte le respect de notre environnement et l'évolution des pratiques commerciales et notamment l'achat par internet qui fragilise encore davantage le commerce de centre-ville qu'il convient de protéger.
C'est sur cette loi que s'appuie le jugement de la Commission Nationale d'aménagement commercial.
Le comportement des tentants du projet n'a pas de sens. Ce n'est pas un projet obsolète qu'il faut défendre, mais bien plutôt un commerce Vernonnais en cohérence avec une démarche cohérente, environnementale et privilégiant l'identité du centre-ville vernonnais. Personne, ni à Evreux, ni à Louviers ne s'opposera à cette démarche.  
Toutes les conférences de presse, toutes les manifestations, toutes les pétitions n'auront aucun poids tant elles soulignent l'incohérence du projet.
Les défenseurs du projet qui vont jusqu'à demander une modification législative ne doivent pas se faire d'illusion. Si jamais évolution il y avait, tout porte à  croire qu'une nouvelle loi sur l'urbanisme commercial ne pourrait finalement que conforter, voire renforcer la loi de 2008. La protection du commerce de proximité, le respect de l'environnement et des constructions incohérentes sont inéluctables.
Ci-dessous, les considérants du jugement de la Commission nationale d'aménagement commercial :


Considérant

Que la localisation de l’ensemble commercial en bordure d’un axe autoroutier, sur des parcelles vierges de toute construction à environ 2,5 kilomètres du centre du village de Douains (commune de 460 habitants) à environ 7 kilomètres de Pacy sur Eure et de Vernon à environ 10 km de Giverny et à 25 km d’Evreux contribuera à développer un nouveau pôle commercial excentré, éloigné des centres de vie et d’activité existants dans le département de l’Eure ; que ce projet aura des conséquences négatives sur le développement des commerces de centre-ville des communes situées au sein de la zone de chalandise ; qu’il ne participera pas ainsi à un développement harmonieux du territoire et à l’animation de la vie locale.

Considérant

que le projet sera situé en bordure de l'A13, à hauteur de l'échangeur 16 et de la RD 181 ; que, compte tenu de l'importance de la zone de chalandise définie par le demandeur, zone s'étendant sur 7 départements et 1.127 communes, et de la spécificité des commerces envisagés, la clientèle se déplacera essentiellement en voiture ; qu'ainsi la création de ce nouvel ensemble commercial générera, malgré les travaux prévus par le porteur de projet, une augmentation significative des flux de circulation sur ces deux axes ; que la desserte de l'échangeur est susceptible d'entraîner une saturation du trafic routier en période de pointe ;


Considérant
que le site d'implantation du projet n'est pas actuellement desservi par des transports en commun réguliers ; qu'ainsi, malgré les efforts en terme d'accessibilité et notamment de la mise en place de navettes depuis la gare SNCF de Vernon, la desserte de l'ensemble commercial envisagé par les modes de déplacements doux ne pourra pas offrir une alternative crédible à l'usage de la voiture par la clientèle

Considérant
que les efforts du demandeur en termes d'insertion paysagère ne seront pas de nature à atténuer l'impact du projet sur son environnement ; que l'empreinte environnementale de cette réalisation sera importante en termes de consommation du foncier et de déplacements motorisés ;

Considérant
que ce projet ne présente pas, par ailleurs, d'avantages suffisants au regard des autres critères posés par l'article L 752-6 du code de commerce ;

Considérant

qu'ainsi ce projet n'est pas compatible avec les dispositions de l'article L 752-6 du code de commerce.

DÉCIDE
...
Le projet de la SNC "MGE NORMANDIE" est refusé
 
 
Et la reproduction l'article L752-6 du code de commerce
Lorsqu'elle statue sur l'autorisation d'exploitation commerciale visée à l'article L. 752-1, la commission départementale d'aménagement commercial se prononce sur les effets du projet en matière d'aménagement du territoire, de développement durable et de protection des consommateurs. Les critères d'évaluation sont :
1° En matière d'aménagement du territoire :
a) L'effet sur l'animation de la vie urbaine, rurale et de montagne ;
b) L'effet du projet sur les flux de transport ;
c) Les effets découlant des procédures prévues aux articles L. 303-1 du code de la construction et de l'habitation et L. 123-11 du code de l'urbanisme ;
2° En matière de développement durable :

a) La qualité environnementale du projet ;

b) Son insertion dans les réseaux de transports collectifs.

dimanche 9 décembre 2012

La finance n'est pas notre ennemie...


Le blason de la ville de Louviers,
comme de nombreuses cité, contient
des besants, marque monétaire, gage
d'identité et d'indépendance. 
Mais elle n'est pas notre amie non plus ... notre ami, c'est Hervé Causse qui a animé avec talent et compétence le café radical vendredi 7 décembre avec une trentaine de participants. 

La finance n'est pas notre ennemie, si on se débarrassait de la finance, notre monde s'écroulerait. 

Hervé Causse a commencé son exposé en faisant référence au blason de Louviers et à la présence de huit besants entourant le lion qui y figurent. Les besants, sont  la représentation de la monnaie, est une référence à Byzance mais est surtout une marque d'identité et d'indépendance, d'où la présence de besants sur le blason de nombreuses cités. La marque de la liberté est là, dans ces petits ronds environnant le lion, et beaucoup plus que dans la devise "Loviers le franc" qui, malgré sa beauté n'est que la marque d'une reconnaissance politique par le pouvoir central, exonérant la commune du versement de l'impôt à la suite de faits d'armes durant la guerre de cent ans. 
Non, la finance n'est pas notre ennemie, elle n'est pas notre amie, le problème n'est pas là. 
Je n'ai pas cité cet exemple durant le débat, mais j'avais toujours en tête l'exemple de ces juifs qui étaient chargés de l'usure au moyen âge auprès de qui tout le monde empruntait, et en particulier les plus fortunés de la cité... et qui, au moment de rembourser, organisaient des campagnes antisémites permettant de résoudre brutalement le problème de la dette. 
Pour être dédiabolisée, la finance n'en reste pas moins un
élément aussi essentiel que dangereux dans la société moderne
Je ne sais si ces faits sont authentiquement avérés. Je trouve cependant que l'exemple pris par Hervé Causse est tout à fait déterminant. La monnaie est consubstantielle de notre société, elle est constitutive de notre identité, et pour cela, elle ne peut être notre ennemie, même si, bien sur, elle est dangereuse. 
On peut la rendre responsable de tous nos maux, mais au fond de nous même, nous savons qu'elle n'est ni le problème, ni la solution.
Un auditoire attentif et un intervenant passionnant. Un petit
air d'université populaire.
Il n'y a pas de finance sans économie, il n'y a pas d'économie sans politique. Ce débat a montré à quel point le monde politique doit dominer et maîtriser le monde financier, loin des fantasmes et des démagogies. 
Il s'agit d'un enjeu énorme, au coeur de l'action publique et de l'action politique internationale qui en montre en même temps la complexité. 
Merci encore à Hervé Causse qui a mis ses lumières au service de notre soif de savoir ... le café avait vendredi soir, un petit air d'université populaire (pour ceux qui veulent s'enrichir un peu plus, allez sur le blog savant d'Hervé Causse en cliquant  .

Prochain café radical l'année prochaine sur le mariage pour tous. Débat animé par Eddie Aït, maire radical de Carrières sous Poissy. Ce sera mercredi 16 janvier à 18h30

lundi 3 décembre 2012

Michel Rocard : "l'urgence est à la finance !"

On ne pouvait mieux faire la promotion du
prochain café radical, merci M. le premier Ministre !
L'urgence est à la finance, effectivement !
Pour en parler : tous au café vendredi 18h30,
le Jardin de Bigards, 39 rue du Quai,  à Louviers...
"la finance est elle notre ennemi ?" animé par
Hervé Causse, Professeur de droit commercial, économique
 et financier
De plus en plus impertinent, de plus en plus pertinent .. à coup sur l'interview de Michel Rocard dans Libération, que nous reproduisons intégralement ce-dessous est de ceux qui décoiffent. L'ancien Premier Ministre nous abreuve de vérités, de formules fortes et d'analyses qui remettent les idées en place...
Comme de quelqu'un qui n'a rien à gagner et rien à perdre à politique. Comme un vieux sage qui en sait plus que quiconque et qui n'a plus que sa passion à partager. 
Merci Monsieur le Premier Ministre... quand à vous chers lecteurs, lisez tout, bien attentivement, y a rien à jeter.
 
Libération
Que vous inspirent les déchirements de l’UMP ? Est-ce que cela ne décrédibilise pas la classe politique tout entière ?
On ne peut pas ne pas sourire devant ce spectacle car il y a un petit aspect disqualificateur des donneurs de leçons qui, forcément, réjouit. Si l’humour n’avait plus sa place en politique, ce serait la fin de tout. Ceci étant dit, c’est une affaire très sérieuse, et grave. Il faut dire que votre profession donne un sacré coup de main à tous ceux qui ont envie de dramatiser. Car regarder ce qui se passe ailleurs permet de relativiser. C’est la question de l’égalité qui aggrave les enjeux de pouvoir. La démocratie, qui est le gouvernement de la majorité, a besoin que cette majorité soit visible. Et plus la marge se restreint, plus la visibilité est difficile. Exemple, la Suède qui a réussi à inscrire un remède à ça dans sa Constitution. Il y a quelques années, un résultat parlementaire avait donné 86 contre 86. Les Suédois n’en avaient pas fait un drame. Dans leur Constitution, on peut tirer la loi au sort si nécessaire. En revanche, s’il y avait des résultats serrés lors d’une présidentielle en France, on pourrait avoir de la violence et pas seulement en Corse, je l’ai souvent dit. L’égalité juste est une épreuve pour toute démocratie. Cela ne permet pas de conclure à la fin de la démocratie. Souvenez-vous de la Floride en 2004.
Pour ce qui est de l’UMP, culturellement, c’est passionnant. Je suis entré en politique active en 1949, il y a soixante-deux ans. Cela m’a donné une propension à être un observateur rigolard. Quelle satisfaction recherchent les politiques ? On ne peut nier qu’il y a une sorte d’orgasme des grands moments de la vie politique, cela ne peut pas être calme. En plus, si vous regardez la France sur une longue période, c’est le seul pays d’Europe où la droite est divisée depuis très longtemps.
Vous la décomposeriez comment ?
Il y a l’extrême droite avec ses oscillations de grande ampleur. Souvenons-nous des légions de 1934, de la première montée du FN en 1984. Et les démocrates chrétiens avec leur rapport compliqué à la droite : ils n’ont jamais eu le courage d’identifier le centre comme étant capable de passer alliance à droite ou à gauche. La démocratie chrétienne en France a été massacrée par de Gaulle qui a voulu se venger des infidélités du MRP. C’est la malédiction de Bayrou. Il sait très bien que la condition d’existence du centre, c’est de pouvoir provoquer des changements de majorité. En France, c’est exclu, on reste avec les deux gros morceaux de la droite. Il y en a un dont la direction est centralisée et autoritaire (cela remonte à Henri IV, a continué avec les deux Bonaparte et de Gaulle). C’est une tradition étatiste qui cultive ce travers en écrasant les corps intermédiaires et en s’appuyant sur le petit peuple. Cette droite-là est très nationale, voire nationaliste, et facilement protectionniste. L’autre gros morceau ce sont les Orléanistes, les traîtres à la légitimité au nom d’une modernité. Ils se distinguent de tout ça en se voulant libre-échangistes. Ils sont internationalistes et tendent à privilégier l’alliance avec le plus gros commerçant du monde. Sous Vichy, la même droite devient pro-allemande puis, passée la résistance, pro-américaine. Tout cela cultive des incompréhensions et des haines.
Je suis un vieux copain de Chirac mais je ne le prends pas pour un sociologue. Je soupçonne toutefois que, dans sa décision de créer l’UMP, il y a eu une prescience de régler cet héritage, de faire un parti avec toutes ces divisions. J’en ai beaucoup vu de ces haines recuites entre ces deux cultures, Résistance comprise, dialogue social compris. Et leur traitement de la chose, exclusivement en termes d’investitures, n’a pas pris la dimension culturelle de cette histoire. Ils ont entre eux les ferments d’une haine qui va durer.
Cela ne tient-il pas à la nature de la France ?
Oui, la France est un pays horriblement difficile à vivre à cause de ses divisions. Elle tient debout par son administration d’Etat. Tout le droit social est fait par la loi alors qu’en Scandinavie, par exemple, la loi pèse pour 4 % à 5 %, les 95 % restants étant contractuels (en Allemagne, c’est 50 - 50). Ceci entraîne une paralysie particulière. Notre pays, depuis toujours, connaît une absence totale de sens de l’Etat dans son opposition, que ce soit la gauche ou la droite. Avec cette tendance à défaire, une fois arrivé au pouvoir, tout ce que l’autre a fait. En France, l’opposition commence par casser ce qu’a fait l’autre.
François Hollande respecte-t-il la tradition ?
Il a vécu, par rapport à tout ça, ce que j’appellerais la crise Jospin. Cet héritage culturel, confirmé par Mitterrand, veut que tout soit politique. Il suffit d’arriver au pouvoir pour faire ce qu’on veut. Jospin, donc, arrive au pouvoir et dit : «Je fais ce que je dis et je dis ce que je fais». Une crise d’honnêteté non compatible avec les mœurs que je viens de décrire. Les socialistes ont fini par avaler l’économie de marché mais ils ont renoncé à le dire. Le seul qui a été loyal, c’est Mélenchon, il est caricatural et délicieux, minoritaire par la structure de son caractère.
La machine baptisée Parti socialiste, née en 1905, il y a cent huit ans, aura fait 5 déclarations de principe : celle de l’origine, celle de la refondation de la SFIO en 1920, celle de Guy Mollet, celle de Mitterrand faite de prudences et d’économie administrée, et celle de 2007 que le Monde a publiée sur une page entière : la déclaration de principes du PS, européenne, régulatrice, ralliée à l’économie de marché - la meilleure de l’histoire. Ce sont les pièges dans lesquels le pauvre Hollande est coincé. Son éducation n’a pas comporté de politique. Tout comme Jospin, c’est un honnête homme. Le mensonge n’est pas sa tasse de thé même si la politique en exige beaucoup. Moi, j’ai quand même menti moins que la moyenne. Tout cela se passe dans un pays qui n’enseigne pas l’économie au collège ni au lycée. Il n’y a pas de contre-feux aux discours politiquement corrects et économiquement creux du moment.
Hollande a fait HEC tout de même !
Le commerce, ce n’est pas la production. La substance de l’enseignement donnée à nos étudiants en école de commerce ne leur permet pas de comprendre la crise. Car c’est la macroéconomie qui permet avant tout de comprendre le problème. Et ça vaut pour ce pauvre François…
Est-ce que, aujourd’hui, nous ne sommes pas dans la situation inverse de 1981 ?
En 1981, c’est vrai, les rares têtes pensantes qui avaient eu un contact avec l’économie étaient catastrophées. Mais c’était dans la culture d’ensemble. La presse de l’époque a été insuffisante dans sa critique de ce qui a été fait. Nous sommes maintenant dans une situation inverse en ce sens que la description de la réalité est moins empathique et la description du projet moins rêvée. C’est un facteur sécurisant pour la suite. Mais il ne s’agit plus seulement de faire marcher un capitalisme insatisfaisant. On est entré dans une crise qui pourrait être la finale et qui n’a pas été analysée par le Parti socialiste. Je me suis élevé contre les prévisions stupides du PS qui voyaient 2,5 % de croissance en 2013, 2014… Aucun des moteurs permettant cette croissance n’était allumé, et personne ne disait qu’on était peut-être dans une nouvelle crise façon 1929. On est ailleurs, la distance avec le monde de l’économie est toujours la même. Si on ne change pas de cap, on risque une régression terrifiante.
Hollande a-t-il raté le coche en ne prenant pas de mesures spectaculaires dès le début ?
Oui, je l’ai dit. Je voudrais bien lui donner un coup de main car il s’agit de mes amis, de ma famille. Oui, on a perdu six mois. Jusqu’au pacte de compétitivité. Mais attention, je ne crois pas aux mesures vigoureuses qui changent la situation d’un coup. Dans la situation concrète où nous sommes, l’urgence n’est pas à l’essentiel. L’urgence est à la finance. La nouvelle unité monétaire s’appelle le «T» pour trillion de dollars. Nous vivons dans un monde où 800 T (800 000 milliards de dollars) sont disponibles et prêts à s’investir dans n’importe quoi. Il y a 98 % de placements sur les marchés spéculatifs et juste 2 % dans l’économie réelle. La probabilité que la bulle explose est immense, elle emporterait le monde entier. La plus grosse bulle qui explose en ce moment, c’est celle de l’immobilier chinois. Cela a poussé les autorités à prévoir une baisse des prix de l’immobilier de 50 %. Elle explose en ce moment même ce qui entraîne une récession de la Chine depuis quatre mois. La Chine a eu la malchance historique de se raccrocher au système capitaliste au moment où nous étions en train d’entrer en crise. L’urgence est de se protéger contre ce risque et pour cela il faut prendre quelques mesures simples : stériliser les paradis fiscaux, revenir à la séparation des banques de dépôt et d’affaires afin qu’une nouvelle crise bancaire ne détruise pas l’économie courante, donner un statut public aux agences de notation, interdire la création de produits dérivés financiers déconnectés de l’économie réelle. Tout cela, c’est juste de la précaution ! Tout de suite !
Pourquoi la séparation des banques n’a-t-elle pas été décidée dès l’arrivée de Hollande ?
Mais les banques ont pris le pouvoir ! J’avais l’espoir qu’une France se voulant exemplaire puisse dégainer la première mais c’est la Grande-Bretagne, inventeur du système diabolique dans lequel nous sommes, qui est en train de le faire, pour se protéger. Et je ne suis pas sûr que le Président et le Premier ministre soient conscients de cette urgence et y aient même pensé. La complexité n’est plus reçue de nos jours, et le long terme non plus.
Et l’Europe dans tout ça ?
La crise de l’euro, on est peut-être en train de l’éviter. Du bon boulot a été fait. Et c’est la seule bonne nouvelle du moment : on va peut-être y arriver. Quand, dans les années 2000, on a eu l’impression d’en avoir fini avec la crise de la e-économie, tout le monde a pris appétit pour ce regain de croissance et l’Allemagne, forte de sa réunification, a décidé de tout jouer sur les exportations. Schröder a fait baisser le pouvoir d’achat des salariés pour favoriser la compétitivité et cela a marché superbement (sauf que le pouvoir d’achat n’a cessé de baisser en Allemagne !). Au nom de tout ça, l’Allemagne s’est fait la porte-parole de ce grand discours : tout repose sur la confiance, donc, allons-y gaiement, des dettes ! L’Europe a découvert assez vite qu’au fond se laisser mener par l’affaire grecque à une crise où l’euro pouvait exploser est formidablement dangereux parce que, jusque-là, on avait oublié le reste : la grande pagaille des liquidités internationales. On a donc bricolé des mesures partielles trop tard, trop lentement, et lutté avec le temps. Personne ne peut sortir de l’euro. Si on en sortait, la monnaie nationale serait dévaluée de 30 % à 40 %, on ne pourrait même plus acheter de pétrole. Toute négociation interne sur l’euro ferait craquer le système mondial, les Allemands ont fini par le comprendre. Dans cette affaire, on va peut-être être sauvés par deux génies. Le premier, c’est Jean-Claude Trichet qui, en douce, avait fait assez pour paver la route de son successeur, Mario Draghi, encore plus resplendissant. Celui-ci sait que, pour continuer à payer sa dette, il faut de la croissance. C’est un pianiste virtuose, il a fait avaler l’essentiel. Les comportements de Trichet et Draghi visent à sortir du modèle milton-friedmanien. Car, bien avant d’être politique, ce combat est intellectuel. Il faut être capable de briser des tabous, c’est un combat de doctrines. Le premier organe intellectuel qui l’a compris, c’est le jury du prix Nobel d’économie. Il a couronné Hayek en 1974 et Friedman en 1976, puis douze monétaristes, une école de pensée qui a mis le monde en crise. Jusqu’en 1998 où le jury comprend que le monde va dans le mur et couronne Amartya Sen, un des meilleurs analystes des déséquilibres du système. Après, il n’a plus jamais couronné de monétariste. On serait aidé si Mélenchon avait compris quelque chose à ce que je raconte.
De quoi l’Europe a-t-elle besoin aujourd’hui ?
De relancer le combat géopolitique pour être capable de tenir la compétition face à la Chine. Il faut saisir l’occasion des difficultés de l’euro pour instaurer une vraie solidarité et une vraie Fédération. Notre pays d’incapables et d’impuissants pleure en voyant la Grande-Bretagne dire qu’elle veut quitter la négociation. Au contraire, il faut dire hourra ! On a sept à huit ans de stagnation devant nous avec des risques de dérapage vers la récession. En plus, on n’a plus le droit de revenir vers la croissance gaspilleuse. C’est au niveau européen que se trouve la vraie voie de sortie qui consiste à créer sur place, aujourd’hui, les emplois nécessaires à une économie durable. Il faut par exemple isoler 10 à 11 millions d’immeubles en France, doubler tous nos vitrages, passer très vite à un parc de voitures électriques. Ce serait ça le changement de cap que j’appelle de mes vœux. Je dis ça d’autant plus facilement que je suis un homme libre, je ne demande plus l’investiture de quiconque.
Votre regard sur ce gouvernement ?
La masse de contraintes d’instantanéité qui pèse sur lui est terrifiante. Moi, je suis demandeur d’un processus. Or, jusqu’à présent, le gouvernement nous a surtout montré ce qui était restrictif et interditif. Nos grands partis ont du mal à bousculer nos traditions, cette indifférence à l’économie qui est culturelle. François Hollande est un dirigeant social-démocrate honnête, de bonne foi. Mais la France n’est pas un pays de commerçants, c’est un pays de paysans, donc de notaires. Et de Latins, donc bavards.
La social-démocratie est-elle en crise ?
Pour l’Espagne, c’est clair. Mais on ne peut pas dire ça pour tout le bloc scandinave. La social-démocratie, c’est l’art de faire avancer une démocratie par une dimension sociale et le dialogue contractuel, et ça reste moderne. La social-démocratie a engendré 5 prix Nobel de la paix. Son principe de base, c’est qu’il faut chercher à négocier avant de taper. Il serait peut-être temps, d’ailleurs, de faire avancer le dossier Israël - Palestine sur des bases sociales-démocrates. Le XXe siècle, qui a été le pire de l’Histoire avec la Shoah, a compté quatre courants politiques : les communistes, les fascistes, le grand capital et la social-démocratie. Le seul de ces grands courants qui subsiste, c’est la social-démocratie et elle a toujours quelque chose à dire.

vendredi 30 novembre 2012

au delà des caricatures ...

Peut on agir pour une nouvelle finance ?

 
 
La peur de la finance ne date pas d'hier.
Il se dit même que certaines campagnes antisémites, au moyen-âge, étaient sciemment et savamment organisées pour résoudre certains problèmes de dette en supprimant les usuriers, cette profession étant réservée aux juifs par volonté de l'église.

Hervé Causse qui animera le café radical fera
un plaidoyer pour une nouvelle finance. Pour
un lien avec direct droit, son blog de
référence, cliquer là
Il est possible que ce soit une vision caricaturale de l'histoire, de celles qui expliquent, qui arrangent les esprits, de même que celles qui hantent nos cerveaux modernes sur le monde financier. Bien sur, nous avons ces fortunes qui toisent cyniquement les misères du monde, ces bourses qui font grimper les valeurs des entreprises qui licencient, les Kerviel qui liquident, le temps d'un clic informatique le montant du budget annuel d'un pays en voie de développement... Le tout lié à la difficulté d'emprunter pour les petites (mais pas seulement) entreprises, les états endettés au point de mettre en péril leur protection sociale, l'Euro au bord du gouffre ... Tout cela nous démontre la fragilité des certitudes les mieux établies. La Grèce, un état développé, intégré, est en train d'appeler au secours les partenaires européens les puissants. Mais ceux-ci ne répondent pas, non pas tant en raison d'un égoïsme national qu'en fonction du fait qu'ils sont  pris en tenaille par les logiques financières, les intérêts bancaires et leur classement par les agences de notation.



Une caricature suisse à la suite de l'élection de François Hollande.
Même si Hollande n'était pas le candidat des banquiers, la volonté
politique du président est contrainte de tenir compte des réalités
financières. 
Oui, la finance est folle ! Elle est même l'ennemie a déclaré François Hollande au cours de la campagne électorale qui allait l'amener à la présidence de la République.
A peine élu, le voilà accusé de donner de l'argent aux banques et de se laisser dominer par les logiques financières.
Pourtant, le projet de banque publique d'investissement est déjà passé de promesse de campagne à celui de réalité politique.
Reste à définir l'organisation de la structure, ses liens avec l'Etat et son rôle vis à vis de notre industrie en péril. Reste à définir ce qu'elle apportera de plus aux entreprises que ce que pouvait offrir Oseo, structure non banquaire d'aide économique.

Ci-dessus la vision désabusée de la politique américaine sous
l'emprise de la finance. Pourtant seule la politique peut avoir
les moyens de définir de nouvelles règles financières.
La finance est folle, elle est notre ennemie, n'empêche, aucune action politique n'est possible sans qu'on comprenne ses mécanismes, ses errements, ne serait-ce que pour les corriger.
Mieux comprendre, mieux agir, voilà ce à quoi vous invite le café radical qui se tiendra vendredi prochain à 18h30
au Jardin de Bigards,
39 rue du Quai à Louviers :

La finance est elle notre ennemie ?

débat animé par Hervé Causse maître de recherche à l'université de Clermont Ferrand, spécialiste de droit financier.








jeudi 29 novembre 2012

Ce qui me gène à Notre Dame des Landes



L'époque n'est plus aux grands projts nationaux, de plus en
plus rares. La mobilisation nationale peut faire échouer un projet
local, certes, mais cela risque de se retourner politiquement
contre les auteurs de la mobilisation.
Je ne me prononcerai pas ici sur l’adéquation ou non du projet d’aéroport du grand Ouest à Notre Dame des Landes.

L’une des forces de ce projet est précisément qu’il est un projet local, voulu par des autorités régionales et qu’il ne s’agit donc pas d’un projet d’Etat, comme l’était le camp militaire du Larzac ou comme peuvent l’être des projets de centrales nucléaires par exemple.

Il s’agit de construire un grand aéroport du Grand Ouest. A priori, cela semble intéressant et pour plusieurs raisons d’où les logiques environnementales et économiques ne sont pas absentes.

La première, il s’agit d’un vrai désenclavement parisien.

En matière d’aéroport, la France vit toujours selon son vieux modèle centralisateur, ce qui fait que la France a vu se multiplier des petits et voire de micro-aéroports rendant impossible une rationalisation du transport aérien. Je constate d’ailleurs que les régionalistes bretons sont favorables au projet. A priori, en tant que fédéraliste, je me vois mal m’opposer à un projet mis au point dans une logique interrégionale, et décidée en fonction d’arguments locaux. Il ne s’agit pas d’un caprice de l’ancien maire de Nantes, au détriment du maire de Rennes… non, toutes les collectivités se sont mises d’accord là-dessus.
Jean-Luc Mélenchon mêlant sa voix aux opposants de
l'Ayroport. De la part d'un productiviste forcené, difficile de
ne pas y voir d'arrière pensées.

La deuxième, il s’agit d’une démarche économique cohérente. L’agglomération de Nantes est l’une des plus grandes de France, elle est en perpétuelle croissance démographique. La réussite démographique et économique tient à sa modernité et à sa capacité à accueillir et à échanger. C’est grâce à cela que la Bretagne a réussi à se développer malgré sa distance vis-à-vis des centres économiques.

La troisième, le projet, déjà ancien répond cependant, parce qu’il s’est enrichi et amélioré à des normes de haute qualité environnementale.

Oui, mais il y a la nostalgie.

Ainsi, nous voyons se mêler bras dessus bras dessous Jean-Luc Mélenchon, écologistes, anarchistes et petit propriétaires dans une lutte unitaire où chacun fait germer ses arrière-pensées.  

Qu’importe si le centralisateur productiviste Mélenchon est au fond l’ennemi acharné d’une démarche écologiste. L’idée est bien de situer l’ennemi, et de faire éclater l’alliance écolo-socialiste. Ça tombe bien, Jean-Marc Ayrault, défenseur du projet est aussi premier ministre. Ainsi peut-on faire passer le projet pour une volonté de l’Etat alors qu’il est tout le contraire.

Qu’importe si ce projet correspond à une nécessité vitale pour le fragile équilibre économique de toute une région !

On est là dans une sorte de rêverie, comme si l’époque n’avait pas terriblement changé depuis l’époque du Larzac où de jeunes lettrés parisiens se rêvaient éleveurs de moutons. Nous ne sommes plus dans l’Etat gaulliste d’après guerre, héritier des 30 glorieuses. Les défaillances économiques, les erreurs stratégiques se paient cash, par des pertes d’emploi et la désespérance sociale. Ce ne sont ni les écologistes, ni les mélenchonistes, encore moins les communistes ou les gauchistes qui en tirent bénéfice. C’est la démagogie populiste de droite qui  attend juste un peu pour se glisser dans les bottes de la démagogie populiste de gauche.

 

A vouloir transformer tout équipement public en ennemi par nature, c’est l’intérêt général qu’on met à la trappe ! Les conséquences risquent d’être désastreuses sur le plan économique, social et politique.  
 
 
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Un rappel : n'oubliez pas,
café radical vendredi prochain à 18h30
La finance est elle notre ennemie ?
Animée par le professeur Hervé Causse